Politique

Défis de la libre circulation pour l’alliance des états du Sahel

libre circulation dans l’alliance des états du Sahel : des obstacles persistants malgré la souveraineté

Les dirigeants du Mali, Assimi Goita, du Burkina Faso, le capitaine Ibrahim Traoré, et du Niger, le général Abdourahamane Tiani, marchent ensemble lors du premier sommet ordinaire des dirigeants de l'Alliance des États du Sahel (AES) à Niamey, au Niger, le 6 juillet 2024

Le retrait de l’Alliance des États du Sahel (AES) de la Cédéao visait à affirmer la souveraineté de ses membres. Pourtant, cette décision a engendré de nouvelles contraintes pour les citoyens et les commerçants des trois pays concernés : Mali, Burkina Faso et Niger. Désormais, la libre circulation des personnes et des marchandises au sein de l’espace Cédéao n’est plus garantie pour eux.

des documents administratifs devenus problématiques

Les voyageurs et transporteurs de l’AES rencontrent des difficultés majeures avec leurs documents de voyage. Alors que les passeports, cartes d’identité et permis de conduire étaient autrefois valables dans toute la Cédéao, leur reconnaissance est désormais contestée aux frontières. Almou Yacouba, secrétaire général du Syndicat démocratique routier du Niger, partage son expérience :

« Aujourd’hui, c’est la galère pour obtenir une carte grise internationale ou un permis international. L’assurance Cédéao pose aussi problème dans l’espace AES. Même avec une carte d’identité du Niger, certains pays comme la Côte d’Ivoire refusent de la valider, arguant qu’elle ne mentionne pas de date d’expiration. Avant, des cartes d’identité spécifiques à la Cédéao existaient pour faciliter les déplacements. Mais depuis notre départ de la Cédéao, des agents frontaliers exigent ces documents, créant des blocages incessants. Bref, les pièces de voyage deviennent un véritable casse-tête. »

On a des problèmes avec les pièces de voyage (Almou Yacouba)

contrôles abusifs et pots-de-vin aux frontières

Malgré les ambitions d’autonomie de l’AES, les voyageurs et transporteurs continuent de subir des contrôles frontaliers arbitraires et des demandes de paiements illégaux. Chaibou Tchiombiano, secrétaire général des commerçants importateurs et exportateurs du Niger, en témoigne :

« La libre circulation des personnes et des biens devrait être une réalité. Malheureusement, nous sommes régulièrement confrontés à ces abus. »

Cette situation pousse les acteurs économiques à réclamer l’instauration d’un passeport unique de l’AES, permettant une circulation fluide au sein de l’Alliance. Un projet d’autant plus urgent que les défis administratifs persistent.

vers une solution régionale ?

Face à ces enjeux, les ministres des Transports des pays membres de l’AES se sont réunis à Niamey en décembre 2025. L’objectif ? Trouver des solutions pour rétablir une circulation libre et sécurisée des personnes et des marchandises au sein de l’Alliance, après leur retrait de la Cédéao.

Cette initiative marque une volonté de concilier souveraineté et pragmatisme, tout en répondant aux besoins concrets des populations et des entreprises.