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Crises en France : comment les juntes du Sahel transforment la violence urbaine en arme de propagande

Vitres brisées, affrontements policiers, fumées âcres et cris de colère : chaque éruption de violence dans les rues de France devient, à des milliers de kilomètres, un argument massue pour les régimes militaires du Sahel. Sous les yeux des internautes de Bamako, Ouagadougou ou Niamey, les images des émeutes hexagonales se transforment en preuve ultime de la décadence occidentale. Mais derrière cette rhétorique, une stratégie se dessine, méthodiquement orchestrée pour servir les intérêts des juntes.

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Le miroir brisé de la diplomatie française

Pour les partisans des régimes de l’AES, chaque manifestation française qui dégénère est une aubaine. Depuis les putschs qui ont porté au pouvoir Assimi Goïta au Mali, Ibrahim Traoré au Burkina Faso et Abdourahamane Tiani au Niger, la rupture avec Paris s’est accompagnée d’une guerre des récits sans merci. Dans cette bataille, les dysfonctionnements de la France deviennent une arme de légitimation politique.

Pendant des années, Paris a brandi comme étendard son attachement aux valeurs démocratiques, au respect des droits humains et à la liberté de manifester. Aujourd’hui, les partisans des juntes se délectent de cette ironie historique : ils comparent les restrictions françaises aux méthodes utilisées pour critiquer leurs propres régimes de transition. Grenades lacrymogènes, interdictions de manifester, reculs parlementaires : autant d’éléments qui, selon eux, dénoncent un système occidental en pleine déliquescence.

La souveraineté par le discrédit

Au cœur de cette stratégie, une volonté farouche de disqualifier le modèle démocratique. En présentant les institutions françaises comme instables, incohérentes et même anarchiques, les appareils de communication des juntes cherchent à promouvoir une alternative : celle d’un pouvoir militaire fort, seul capable de garantir la stabilité et la souveraineté. Cette narration, soigneusement construite, vise un public local mais aussi international, où elle trouve un écho auprès de ceux qui remettent en cause l’hégémonie occidentale.

Une diversion calculée aux enjeux bien réels

Mais cette instrumentalisation va bien au-delà de la simple critique. Elle sert des objectifs stratégiques précis. D’abord, elle permet de détourner l’attention des défis internes que rencontrent les pays de l’AES : insécurité endémique, crise économique et pénuries récurrentes. En focalisant l’opinion publique sur les difficultés de la France, les juntes occupent l’espace médiatique et évitent les débats sur leurs propres bilans.

Ensuite, cette rhétorique s’inscrit dans une dynamique plus large de reconfiguration géopolitique. Les images des émeutes françaises, relayées et amplifiées par des réseaux influents souvent alignés sur Moscou, alimentent l’idée d’un Occident en déclin. Cette narrative justifie le rapprochement avec de nouveaux partenaires – Russie, Turquie, Iran – perçus comme des alternatives crédibles à l’ancienne puissance coloniale.

Le piège de la perception populaire

Pourtant, les observateurs indépendants pointent un paradoxe flagrant. Si la France laisse s’exprimer librement ses citoyens, organisant des manifestations, des grèves ou des critiques ouvertes contre ses dirigeants, c’est justement le signe d’un espace civique encore vivant – une réalité impensable dans les régimes militaires du Sahel, où toute dissidence est étouffée dans l’œuf. Malgré cette évidence, le mal est fait : la France, autrefois perçue comme un modèle de stabilité démocratique, voit son image se fissurer à chaque image de violence urbaine.

Et c’est précisément ce que souhaitent les juntes. À chaque pavé lancé dans une rue parisienne, c’est un peu plus de la crédibilité diplomatique française qui s’effrite au sud du Sahara. Sous le regard satisfait de régimes qui ont érigé leur rupture avec Paris en pilier de leur légitimité politique.

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Ousmane Haïdara
Journaliste