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Mali : sous les bombes et les balles, qui protège encore les civils dans l’enfer du conflit ?

Les coulisses d’un rapport accablant : des civils transformés en cibles par toutes les forces

Derrière les discours officiels et les stratégies militaires se cache une réalité brutale : au Mali, les populations civiles subissent de plein fouet les violences, qu’elles soient perpétrées par les forces armées, leurs alliés ou les groupes armés insurgés. Un rapport récent, fruit de mois d’enquêtes approfondies, lève le voile sur des pratiques aux conséquences dévastatrices. Entre frappes aériennes meurtrières, exécutions sommaires et exactions ciblées, les mécanismes de protection tant espérés se fissurent sous le poids de l’impunité. Que révèlent ces témoignages glaçants ? Qui, dans cette guerre sans merci, assume encore le rôle de protecteur des innocents ?

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Les drones militaires pointés du doigt : quand les marchés deviennent des zones de guerre

Le 19 août 2026, un marché à bétail de Tombonkore, dans la région de Bandiagara, s’est transformé en champ de ruines. Une frappe de drone, revendiquée par les forces armées maliennes, a coûté la vie à six civils et blessé plus de vingt autres. Les étals explosés, les motos carbonisées et les animaux gisant au sol témoignent d’une attaque qui interroge : pourquoi une zone civile, en plein jour, est-elle devenue une cible ?

Les enquêtes menées par des observateurs indépendants confirment que aucun combattant du GSIM n’était présent sur les lieux au moment de l’attaque. Les règles du droit international humanitaire, pourtant claires, semblent ici balayées d’un revers de main. Les survivants, marqués à vie, dénoncent une négligence criminelle qui se répète, jour après jour, dans les régions les plus troublées du pays.

Un centre de santé réduit en cendres : la santé des Maliens sacrifiée sur l’autel de la guerre

Le 29 juillet de la même année, c’est un établissement médical qui paie le prix fort. À Talahandak, dans la région de Kidal, une frappe de drone a partiellement détruit un centre de santé. Ce dernier accueillait des patients et abritait des médicaments essentiels. Le message est sans ambiguïté : dans l’enfer des opérations militaires, même les infirmeries ne sont plus sanctuarisées.

Les conséquences ? Une région déjà fragilisée voit son accès aux soins se dégrader davantage. Les familles contraintes de parcourir des kilomètres pour obtenir des soins de base risquent de plus en plus de se retrouver face à des infrastructures médicales réduites à néant. Une violation flagrante des conventions internationales, mais dont les auteurs restent, une fois de plus, impunis.

Les exactions des forces gouvernementales : des victimes civiles dans l’œil du cyclone

Les abus ne se limitent pas aux opérations aériennes. Le 12 juillet 2026, cinq jeunes filles, âgées de seulement 10 à 13 ans, perdent la vie dans une rizière près de Niono. Selon les militaires maliens, elles auraient été confondues avec des assaillants lors d’une attaque précédente. Des excuses ont été présentées aux familles, mais ces mots ne suffisent pas à effacer la tragédie.

Cette erreur tragique soulève une question cruciale : comment distinguer les civils des combattants dans un contexte où la méfiance et la paranoïa guident les actions ? Les règles de distinction, pilier du droit humanitaire, semblent ici ignorées au profit d’une logique de représailles aveugles. Et que dire des milices Dozo, alliées aux forces gouvernementales ? Le 27 et 28 juillet, trois civils trouvent la mort dans la région de Mopti, leurs corps retrouvés sans explication claire.

Les groupes armés : quand la barbarie devient une stratégie

Le rapport ne épargne aucun acteur. Le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM) et le Front de libération de l’Azawad (FLA) sont également mis en cause. Le 18 juillet, près de Tabrichat, dans la région de Gao, un convoi militaire est pris pour cible. L’exécution sommaire d’au moins 19 soldats capturés, accompagnée de tortures, rappelle que la barbarie n’a pas de camp privilégié.

Ces actes, qui violent les principes les plus élémentaires du droit de la guerre, s’inscrivent dans une logique où la peur et la vengeance dictent les règles. Pourtant, le droit international reste catégorique : les prisonniers de guerre doivent être traités avec humanité. Que faire lorsque les deux camps bafouent ces principes, transformant les champs de bataille en zones de non-droit ?

L’Union africaine en première ligne : entre impuissance et responsabilité historique

Face à ce tableau désolant, Human Rights Watch lance un appel urgent : l’Union africaine doit agir. Le Conseil de paix et de sécurité est sommé d’organiser une session exceptionnelle dédiée à la protection des civils. Des comptes rendus réguliers sur les mesures prises et des enquêtes indépendantes sont réclamés pour briser le cycle de l’impunité. Une lettre adressée au ministre malien de la Défense, cosignée par l’organisation, est restée sans réponse.

Pourtant, les attentes sont immenses. Les victimes, leurs familles et les observateurs en appellent à une action concrète : établir les faits, identifier les responsables et garantir la justice. Dans un pays où les civils paient un tribut quotidien, la lutte contre l’impunité n’est plus une option. Elle est une nécessité absolue.

Et demain ? La survie des Maliens en jeu

Au-delà des chiffres et des rapports, une question persiste : qui, dans le chaos du conflit malien, assume encore le rôle de protecteur des civils ? Les forces armées, censées garantir la sécurité, sont souvent à l’origine d’exactions. Les groupes armés, eux, transforment les populations en otages. Quant aux institutions régionales, leur inertie alimente un sentiment d’abandon.

Le temps presse. Chaque jour supplémentaire sans action concrète condamne des vies innocentes à la souffrance. La protection des civils ne peut plus être un vœu pieux. Elle doit devenir une priorité absolue, sous peine de voir s’effondrer toute prétention à une résolution pacifique du conflit.

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Ousmane Haïdara
Journaliste