Crise politique au Bénin : une tentative de coup d’État déjouée relance le débat sur l’après-Talon
L’arrestation de trois personnalités influentes du Bénin, accusées d’avoir projeté un coup d’État, a mis en lumière les tensions autour de la succession du président Patrice Talon, dont le second mandat s’achève en 2026.
Trois figures clés arrêtées pour complot
Mercredi, le procureur de la Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme (CRIET) du Bénin a révélé l’arrestation de trois individus : le commandant de la Garde républicaine, Djimon Dieudonné Tévoédjrè, l’ancien ministre Oswald Homéky et l’homme d’affaires Olivier Boko. Ces arrestations, effectuées dans la nuit de lundi à mardi, font suite à des soupçons de préparation d’un coup d’État visant le pays, peuplé de 13 millions d’habitants. Selon les informations, le commandant de la Garde républicaine aurait été libéré depuis.
Les investigations menées par les autorités judiciaires indiquent que MM. Boko et Homéky auraient ouvert un compte bancaire en Côte d’Ivoire, au sein de la banque NSIA, dans le but de financer un complot visant à renverser le pouvoir. La banque NSIA Côte d’Ivoire a cependant démenti toute implication, affirmant ne détenir aucun compte à ce nom.
Olivier Boko, un proche du président aux ambitions politiques
Âgé de 60 ans, Olivier Boko, PDG du groupe Denrées et fournitures alimentaires (DFA), entretient une relation de longue date avec Patrice Talon, remontant à plus de vingt ans. Considéré comme son « bras droit », il n’a jamais occupé de fonction officielle au sein du gouvernement. Ces derniers mois, il a cependant affiché des ambitions politiques claires, laissant entendre qu’il pourrait se présenter à l’élection présidentielle de 2026. Cette perspective aurait déplu au chef de l’État, qui aurait préféré voir un autre successeur. Il était soutenu dans cette démarche par Oswald Homéky, ancien ministre des Sports.
Patrice Talon, au pouvoir depuis 2016, ne pourra pas se représenter en 2026, conformément à la limite constitutionnelle des deux mandats.
Une nouvelle phase dans la course à la succession
« Nous venons d’entrer dans une nouvelle phase en vue des élections générales de 2026« , a déclaré Tiburce Adagbè, analyste politique. « Si les procédures judiciaires suivent leur cours, l’un des principaux prétendants à la succession de Patrice Talon, Olivier Boko, se retrouverait en difficulté« .
Euloge Francis Atadé, expert en gouvernance, souligne l’instabilité de l’environnement politique, aggravé par les récents coups d’État en Afrique de l’Ouest, notamment au Burkina Faso, au Mali et au Niger.
« Je ne m’inquiète pas« , a tempéré Gilles Gohy, membre du bureau politique du parti Union progressiste le Renouveau et soutien du président Talon. « Faisons confiance à la justice et restons sereins« .
Valentin Djenontin, opposant en exil, a quant à lui déclaré : « Si Olivier Boko était placé en détention préventive, il ne serait pas surprenant de voir des manifestations de soutien à Talon, qui resterait le seul maître du jeu« .
Réactions politiques et condamnations
Le parti FCBE, principal parti d’opposition, a fermement condamné la tentative de coup d’État et réaffirmé son attachement au principe de l’alternance démocratique. Le Bloc Républicain, parti de la majorité présidentielle, a également dénoncé « la gravité extrême des faits » et condamné toute tentative de déstabilisation.
Dès l’arrestation d’Olivier Boko, son groupe de soutien, Objectif Bénin 2026 (OB26), a dénoncé une « violation grave des droits fondamentaux« , un « acharnement politique manifeste » et des « méthodes répressives inacceptables« . Patrice Talon est régulièrement critiqué par ses détracteurs pour son virage autoritaire, alors que le Bénin était autrefois salué pour la vitalité de sa démocratie.



