Au cœur de Dakar, les scènes d’interpellations musclées se multiplient sous les invectives d’une foule en colère. Le terme wolof « góor-jigéen » (homme-femme) fuse, marquant une hostilité croissante envers la communauté LGBTQ. Ces dernières semaines, plus d’une centaine d’individus ont été appréhendés au Sénégal, tandis que d’autres subissent des lynchages publics motivés par de simples soupçons sur leur orientation sexuelle.
Face à cette menace permanente, la clandestinité est devenue l’unique refuge. Un témoin anonyme confie son désarroi : « Il est impossible de vivre avec cette angoisse constante. On se sent traqué, obligé de se terrer loin du regard des autres. Ce n’est plus une existence. » Pour beaucoup, l’arrestation par les autorités est presque perçue comme un moindre mal face au risque de subir la violence aveugle de voisins nourris par des discours de haine.
Un durcissement législatif sans précédent
L’arsenal répressif s’est considérablement renforcé. Un ressortissant français, ingénieur de profession, en a fait la douloureuse expérience en étant arrêté à son domicile dakarois. Toujours incarcéré, son cas illustre la tactique des rafles désormais employée par la police. Au sein de la société sénégalaise, majoritairement musulmane, le rejet de l’homosexualité fait l’objet d’un consensus politique total.
Le nouveau gouvernement a fait adopter à l’unanimité une loi radicale : les actes dits « contre nature » sont désormais passibles de peines allant de cinq à dix ans de prison ferme. Lors des débats parlementaires, certains élus ont même qualifié les valeurs LGBTQ de « poison culturel », prônant une sévérité accrue pour éradiquer ces pratiques du pays.
Une menace directe pour la santé publique
Au-delà de la question des droits humains, cette stigmatisation généralisée engendre une crise sanitaire majeure. Le docteur Safiathou Thiam, à la tête du Conseil national de lutte contre le sida, exprime son inquiétude. La nouvelle législation punit également ceux qui apportent une aide aux homosexuels, plaçant le personnel soignant dans une position intenable.
« Notre mission est de soigner chaque patient, sans distinction. Nous ne pouvons pas abandonner ceux qui dépendent de nous », martèle-t-elle. Malheureusement, la peur d’être repérés et arrêtés pousse de nombreux patients séropositifs à interrompre leur traitement. Ce renoncement aux soins fait craindre aux autorités médicales une résurgence incontrôlée de l’épidémie de VIH sur l’ensemble du territoire sénégalais.



