Un renversement des valeurs démocratiques au Burkina Faso ?
Le capitaine Ibrahim Traoré, figure centrale de la junte militaire burkinabè, a récemment affiché son rejet catégorique des principes démocratiques. Lors d’une allocution télévisée diffusée sur la RTB, média public, il a déclaré que la démocratie n’était « pas pour » le Burkina Faso, invitant la population à y renoncer définitivement.
Arrivé au pouvoir en septembre 2022 via un coup d’État, Ibrahim Traoré a consolidé son emprise en adoptant une charte de transition autorisant son maintien au pouvoir jusqu’en 2029. Cette charte lui ouvre également la possibilité de se présenter aux futures élections présidentielle, législatives et municipales, initialement prévues pour juillet 2024.
Une transition politique détournée
La transition politique, initialement lancée après le premier putsch de janvier 2022, devait aboutir à un retour à l’ordre constitutionnel en 2024. Pourtant, les autorités actuelles ont prolongé cette période de cinq ans supplémentaires, repoussant toute perspective électorale.
Cette décision s’accompagne d’autres mesures controversées :
- Dissolution en octobre 2025 de la Commission électorale nationale indépendante (Céni).
- Interdiction en février 2026 de tous les partis politiques, dont les activités étaient déjà suspendues.
Des déclarations choc et une répression accrue
Lors de son entretien, Ibrahim Traoré a clairement assumé ce rejet de la démocratie :
« On ne parle même pas d’élections d’abord (…) il faut que les gens oublient la question de la démocratie. La démocratie, ce n’est pas pour nous. » Nous ne sommes pas dans une démocratie. »
Cette prise de position s’inscrit dans un contexte de durcissement du régime, marqué par :
- L’interdiction ou la suspension de nombreux médias internationaux, ainsi que l’expulsion de journalistes étrangers.
- La poursuite judiciaire de l’ancien chef de la junte, Paul Henri Sandaogo Damiba, accusé de corruption et de tentatives de coup d’État.
- Le déni des accusations portées par des ONG contre l’armée et les Volontaires pour la défense de la patrie (VDP) pour des exactions sur des civils.
Un allié controversé : la Russie
Bien que la Russie fournisse des équipements militaires au Burkina Faso, Ibrahim Traoré a précisé que Moscou ne formait pas l’armée locale. Il a également souligné que les combats sur le terrain étaient menés par les soldats burkinabè.
Cette déclaration intervient alors que le pays fait face à une insécurité croissante depuis près de dix ans, aggravée par l’activité de groupes jihadistes responsables de milliers de morts.
Le Burkina Faso, sous l’égide de la junte Traoré, semble ainsi s’engager dans une voie autoritaire, rejetant les valeurs démocratiques tout en cherchant le soutien d’alliances stratégiques.



