
Un drame minier qui soulève des questions urgentes sur l’exploitation aurifère au Cameroun
L’effondrement de la mine de Zamboï en Centrafrique a servi de révélateur aux dysfonctionnements chroniques qui minent le secteur aurifère au Cameroun. Derrière les promesses économiques se cachent des pratiques souvent opaques, où la sécurité des travailleurs et la préservation de l’environnement cèdent trop souvent le pas aux logiques de profit immédiat.
Les causes profondes des accidents miniers dans l’Est camerounais
Les sites aurifères de l’Est, comme ceux de Bétaré-Oya, sont devenus des zones de non-droit où l’exploitation artisanale et industrielle coexistent sans cadre réglementaire strict. Les méthodes rudimentaires employées par certains orpailleurs, combinées à des contrôles insuffisants, exposent les travailleurs à des risques majeurs. Les galeries instables, l’absence d’équipements de sécurité et la précarité des conditions de travail transforment chaque journée en défi périlleux.
Les autorités camerounaises reconnaissent l’ampleur du problème, mais les solutions tardent à se concrétiser. Les exploitations industrielles, souvent liées à des intérêts étrangers, bénéficient quant à elles de permis d’exploitation accordés sans transparence, alimentant les soupçons de corruption et de favoritisme.
L’or camerounais : un eldorado aux coûts cachés
Le Cameroun, riche de ses sous-sols aurifères, mise sur l’or pour dynamiser son économie. Pourtant, les retombées réelles de cette richesse restent limitées pour les populations locales. Les recettes fiscales générées par l’exploitation minière ne se traduisent pas toujours par des investissements dans les infrastructures ou les services publics des régions concernées.
- Production en hausse, mais bénéfices inégaux : Malgré une production aurifère en progression, les communautés riveraines peinent à tirer profit de cette manne. Les contrats signés avec les multinationales minières privilégient souvent les intérêts extérieurs au détriment des acteurs locaux.
- Environnement sacrifié : L’usage du mercure pour extraire l’or contamine les sols et les cours d’eau, menaçant la santé des populations et la biodiversité. Les normes environnementales, quand elles existent, sont rarement appliquées avec rigueur.
- Travail des enfants : Dans l’ombre des sites miniers, des mineurs mineurs, parfois âgés de moins de dix ans, risquent leur vie pour quelques grammes d’or. Ce phénomène, bien que officiellement condamné, persiste en raison de l’absence de mécanismes de contrôle efficaces.
Vers une régulation plus stricte du secteur ?
Face à l’urgence, des voix s’élèvent pour exiger une refonte complète du cadre légal encadrant l’exploitation aurifère. Les associations de la société civile et certains parlementaires camerounais plaident pour :
- Un renforcement des normes de sécurité sur les sites artisanaux et industriels.
- Une transparence accrue dans l’attribution des permis d’exploitation, avec des audits indépendants.
- La fin des pratiques illégales, comme l’utilisation de mercure ou le travail des enfants, assortie de sanctions dissuasives.
- Une redistribution équitable des revenus générés par l’or, au profit des communautés locales.
Des initiatives internationales, comme l’adhésion du Cameroun à l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives (ITIE), pourraient jouer un rôle clé dans cette transition. Cependant, leur mise en œuvre concrète reste à démontrer.
Un secteur à un carrefour décisif
Le Cameroun se trouve à un moment charnière. Soit le pays parvient à instaurer un modèle d’exploitation aurifère responsable, respectueux des droits humains et de l’environnement, soit il risque de voir ses ressources transformées en source de conflits et de précarité pour des générations. Les choix faits aujourd’hui détermineront l’avenir de l’or camerounais — et celui des milliers d’hommes, de femmes et d’enfants qui en dépendent.



