Une communication d’État axée sur l’industrialisation
Ces derniers mois, le capitaine Ibrahim Traoré a lancé une série d’inaugurations et de visites de chantiers industriels à travers le Burkina Faso. Usines de transformation de produits agricoles ou unités d’affinage d’or : chaque projet est présenté comme un symbole tangible de l’émergence économique du pays. Pourtant, derrière cette vitrine soigneusement orchestrée, la réalité burkinabè révèle une tout autre image, marquée par une instabilité sécuritaire et une précarité économique croissante.
La politique du « tout industriel » : entre illusion et légitimité
La stratégie gouvernementale repose sur la promotion systématique des « grands travaux », une méthode souvent employée pour renforcer la crédibilité d’un régime. À Ouagadougou comme à Bobo-Dioulasso, les responsables mettent en avant l’autonomie économique et la création d’emplois locaux. Pour les partisans du pouvoir, chaque inauguration symbolise une victoire contre l’influence étrangère. Toutefois, les spécialistes de l’économie y voient davantage une stratégie de communication qu’un véritable plan de développement cohérent.
Des projets industriels au fonctionnement opaque
Les enquêtes menées sur ces initiatives révèlent des lacunes majeures : manque de transparence sur les financements, incertitudes quant à la viabilité économique à long terme, et absence de données fiables sur leur contribution réelle à l’économie nationale. Par ailleurs, des soupçons de détournements de fonds patriotiques alimentent les interrogations. Alors que les entreprises privées locales subissent une pression fiscale accablante et une insécurité persistante, l’émergence de nouvelles structures liées au pouvoir soulève des questions sur l’équité des attributions de marchés.
Un quotidien qui se dégrade face à l’illusion industrialiste
Pendant que les discours officiels célèbrent des usines flambant neuves, la vie des Burkinabè se dégrade de manière alarmante.
- Inflation record : le coût des denrées essentielles (riz, huile, mil) explose, rendant l’alimentation inaccessible pour les ménages les plus modestes.
- Crise humanitaire sans précédent : plus de deux millions de personnes sont déplacées à l’intérieur du pays, piégées dans des zones sous blocus terroriste et dépendantes de l’aide humanitaire, souvent irrégulière.
- Économie paralysée : le secteur informel, pilier de l’économie burkinabè, est en déclin. Les coupures d’électricité fréquentes et l’insécurité sur les routes paralysent les échanges commerciaux.
La propagande comme rempart aux critiques
Le contraste est saisissant : d’un côté, des vidéos promotionnelles mettant en scène des infrastructures modernes et un président engagé ; de l’autre, des familles luttant pour scolariser leurs enfants et des militaires combattant dans des conditions extrêmes. L’image d’un « Burkina Faso en pleine ascension » relève davantage d’une construction médiatique que d’une réalité tangible. Comment nourrir une population avec des slogans de souveraineté si les terres agricoles sont inaccessibles et si les usines inaugurées ne produisent que des images destinées aux écrans ?
Le capitaine Ibrahim Traoré mise tout sur la perception pour convaincre que son pays progresse. Pourtant, en occultant les difficultés structurelles, il risque de s’éloigner davantage de la population. L’industrialisation, ambition louable, ne peut se construire sur des fondations fragiles. Sans une transparence financière rigoureuse et une sécurisation effective du territoire, les annonces officielles resteront ce qu’elles sont : des illusions dans un paysage sahélien en crise.



