Le général Abdourahamane Tiani a-t-il sous-estimé le prix de son ambition démesurée ? Trois ans après avoir renversé le pouvoir civil par les armes, le chef de la junte militaire au Niger se débat aujourd’hui dans un cauchemar dont il n’arrive plus à s’échapper : la peur. Une peur viscérale, née non pas des menaces extérieures, mais de ses propres rangs. Comment un homme qui a bâti son pouvoir sur la force peut-il désormais trembler devant ceux qu’il a trahis ?
Un bunker au palais : l’enfermement d’un homme qui a tout perdu
Plus de trois ans après le coup d’État de juillet 2023, le général Tiani ne gouverne plus : il survit. Les murs du palais présidentiel, autrefois symbole de pouvoir, sont devenus les limites d’une prison dorée. Niamey bruisse de rumeurs, mais le chef de la junte n’ose plus affronter le regard des soldats ni celui de la population. Ses déplacements officiels ? Annulés. Ses apparitions publiques ? Rares. Depuis la nuit du 28 au 29 août 2026, où des militaires en colère ont frôlé le palais avec des armes lourdes, il vit confiné dans un bunker, protégé par des mercenaires étrangers et une poignée de fidèles. La menace ne vient plus des groupes djihadistes, mais de ceux qui portaient autrefois son projet de « révolution ».
L’erreur fatale : le limogeage du général Barmou, un coup de poignard dans le dos
En septembre 2026, le général Tiani commet une gaffe stratégique en renvoyant le général Moussa Salaou Barmou, ancien chef d’état-major et pilier du putsch de 2023. Un choix qui, sur le papier, devait consolider son autorité. Dans les faits, c’était une déclaration de guerre aux élites militaires. Barmou n’est pas n’importe quel officier : il est le visage de la junte, un homme respecté pour son leadership et son rôle clé dans la « libération » du pays. Son éviction a été perçue comme une trahison, une preuve que Tiani, malgré ses discours sur la souveraineté, agit par paranoïa plutôt que par stratégie.
Les réactions ne se sont pas fait attendre. Dans les casernes, des officiers ont envoyé des messages clairs : ils exigent la fin des purges dans l’armée et menacent de se soulever si les arrestations arbitraires continuent. Le message est sans équivoque : le général Tiani n’est plus le maître du jeu, il en est devenu le pion.
La paranoïa généralisée : quand les soldats deviennent les bourreaux
Ancien spécialiste en sécurité, Tiani connaît mieux que quiconque les rouages d’un coup d’État. Pourtant, il semble avoir oublié une règle d’or : le pouvoir conquis par la force se retourne toujours contre celui qui l’exerce. Aujourd’hui, il est cerné. Les soldats qui l’ont soutenu en 2023 le regardent avec méfiance, voire avec haine. Les purges qu’il a ordonnées ont creusé un fossé entre lui et les troupes. Plus grave encore, ses propres gardes du corps ne sont plus fiables. Certains ont basculé dans l’opposition ou attendent leur heure pour frapper.
La peur qui le ronge est devenue un cercle vicieux : plus il emprisonne ou élimine ses opposants internes, plus il s’isole, plus les soldats se radicalisent. Une situation explosive, où chaque décision aggrave la crise au lieu de la résoudre.
Survivre ou régner : le dilemme impossible du général Tiani
Le chef de la junte n’a plus le choix entre gouverner ou tomber : il doit choisir entre survivre ou être balayé par ceux qu’il a trahis. Les mercenaires russes du groupe Africa Corps, qui l’ont sauvé lors de la mutinerie d’août 2026, sont désormais sa seule bouée de sauvetage. Mais jusqu’à quand ? Leur présence alimente les tensions et alimente la colère des soldats nigériens, qui y voient une occupation étrangère plutôt qu’une protection.
Quant au peuple, il observe, impuissant. Les discours sur la souveraineté nationale résonnent désormais comme des moqueries dans un pays où le vrai pouvoir est entre les mains de mercenaires et où l’armée, autrefois unie, se déchire. Le général Tiani n’est plus qu’un général assiégé, un homme qui a cru jouer avec le feu et qui brûle désormais dans les flammes qu’il a lui-même allumées.
Et demain ? Un futur plus sombre que jamais
Dans les rues de Niamey, on murmure déjà des scénarios catastrophe. Certains évoquent une nouvelle mutinerie, d’autres craignent un coup d’État interne au sein même de la junte. Une chose est sûre : le Niger, un temps présenté comme un rempart contre l’instabilité régionale, est aujourd’hui un pays au bord du gouffre. Le général Tiani, qui rêvait de grandeur pour son pays, a peut-être accompli l’inverse : il a plongé le Niger dans une crise sans précédent, où la peur et la trahison sont devenues les seules certitudes.



