Alliance des États du Sahel : pourquoi le divorce avec la cour pénale internationale ?

Pourquoi le Mali, le Burkina Faso et le Niger tournent le dos à la Cour pénale internationale

Le trio de régimes militaires du Sahel a franchi une étape symbolique en se retirant de la Cour pénale internationale (CPI). Après le Niger, c’est au tour du Mali et du Burkina Faso de notifier officiellement leur départ au siège de l’ONU à New York. Une décision qui s’inscrit dans la continuité d’une stratégie déjà observée chez d’autres dictatures : se soustraire à la justice internationale pour échapper aux poursuites.

Une souveraineté brandie comme bouclier contre la justice

Les juntes au pouvoir à Bamako, Ouagadougou et Niamey justifient leur retrait par un discours souverainiste, dénonçant une CPI accusée d’être un outil « néocolonial » et « politisé ». Pourtant, derrière cette rhétorique se cache une volonté claire : protéger les dirigeants et leurs alliés de toute enquête pour crimes de guerre ou violations des droits humains.

La Cour pénale internationale a été créée pour combler les lacunes des systèmes judiciaires nationaux incapables ou unwilling de juger les crimes les plus graves. En quittant son cadre, les régimes militaires du Sahel s’offrent une immunité de fait, au mépris des victimes et des populations locales.

Entre conflits asymétriques et crimes d’État, l’impunité se généralise

La région du Sahel est en proie à des violences extrêmes, où les groupes djihadistes côtoient des exactions commises par les forces armées et leurs alliés. Les rapports d’ONG et d’organisations internationales ont maintes fois pointé du doigt les exactions commises contre les civils, qu’il s’agisse de massacres, de tortures ou de disparitions forcées. Pourtant, en fermant la porte à la CPI, les dirigeants de l’Alliance des États du Sahel (AES) s’assurent qu’aucun de leurs actes ne sera jamais jugé.

L’argument d’une justice « sélective » envers l’Afrique, autrefois recevable, perd de sa crédibilité depuis que la CPI a élargi son champ d’action à d’autres régions du monde, comme l’Ukraine ou le Proche-Orient.

Populisme et peur du juge : les véritables moteurs de ce divorce

L’histoire montre que les États qui quittent la CPI le font souvent par crainte d’être tenus responsables de leurs actes. Le précédent du Burundi, qui avait quitté la Cour en 2017 sous la présidence de Pierre Nkurunziza, illustre cette tendance. Les juntes du Sahel appliquent aujourd’hui la même logique : museler l’opposition, contrôler les médias et étouffer toute velléité de contestation pour régner sans limites.

Les civils, premières victimes d’une impunité institutionnalisée

Ce retrait de la CPI n’efface pas les crimes commis jusqu’à présent. Les procédures déjà engagées ou les violations commises avant le départ restent théoriquement sous la juridiction de la Cour. Cependant, les régimes de l’AES envoient un message clair : la violence d’État sera désormais sans limites. Une stratégie qui, loin de garantir la stabilité, ne fait qu’aggraver les tensions et retarder l’avènement d’une justice durable pour les populations.

Pour les civils sahéliens, pris entre la menace terroriste et la répression des régimes militaires, cette décision représente une nouvelle perte de recours. Sans contre-pouvoirs, sans justice internationale pour les protéger, ils restent à la merci d’un pouvoir sans comptes à rendre.