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Alerte sur la liberté de la presse au Niger : six journalistes cibles de poursuites judiciaires

Le climat médiatique s’assombrit au Niger. Le 2 novembre dernier, les forces de la police judiciaire de Niamey ont procédé à l’interpellation de six journalistes, une action perçue comme une violation flagrante des droits fondamentaux liés à la liberté d’informer. Si trois d’entre eux ont retrouvé une liberté provisoire, les autres demeurent en détention arbitraire.

Un harcèlement judiciaire coordonné contre les médias

L’opération policière a visé plusieurs figures de la presse nigérienne : Moussa Kaka (directeur de Radio-télévision Saraounia – RTS et ancien correspondant de RFI), Abdoul Aziz Idé, Ibro Chaibou, Youssouf Seriba (directeur des Échos du Niger), Oumarou Kané (fondateur du journal Le Hérisson) et Souleymane Brah (La voix du peuple).

Ces professionnels sont poursuivis pour une prétendue « complicité dans la diffusion d’informations susceptibles de troubler l’ordre public ». Cette accusation s’appuie sur l’article 31 de la loi sur la cybercriminalité, récemment durcie par une ordonnance de juin 2024. Les peines encourues varient entre deux et cinq ans de prison ferme.

Des détentions arbitraires à la prison de Kollo

À l’issue des premières auditions, le juge d’instruction a décidé de placer Ibro Chaibou, Youssouf Seriba et Oumarou Kané sous mandat de dépôt. Ils sont actuellement incarcérés à la prison de haute sécurité de Kollo. En revanche, Moussa Kaka, Abdoul Aziz Idé et Souleymane Brah ont été libérés sous caution, bien que les charges pesant contre eux soient maintenues.

L’origine de ces poursuites semble dérisoire : elle concerne la diffusion sur les réseaux sociaux d’une invitation adressée à la RTS pour couvrir un point de presse du Fonds de solidarité pour la sauvegarde de la patrie (FSSP). Pour les observateurs des droits humains, débattre d’une simple lettre d’invitation ne peut en aucun cas constituer une menace pour l’ordre public.

Un contexte de répression généralisée depuis le coup d’État

Cette vague d’arrestations s’inscrit dans une tendance inquiétante de rétrécissement de l’espace civique au Niger depuis le changement de régime en juillet 2023. Les autorités militaires multiplient les pressions sur les voix dissidentes, qu’il s’agisse de journalistes ou de défenseurs des droits humains.

  • Moussa Tchangari, figure de la société civile, est détenu depuis près d’un an.
  • En mai 2025, trois journalistes de Sahara FM à Agadez (Hamid Mahmoud, Mahaman Sani et Massaouda Jaharou) avaient déjà été pris pour cibles pour avoir relayé des informations diplomatiques.
  • Hamid Mahmoud et Mahaman Sani sont toujours derrière les barreaux, accusés d’atteinte à la défense nationale.

La modification de la loi sur la cybercriminalité par le Conseil national pour la sauvegarde de la patrie (CNSP) a rétabli des peines privatives de liberté pour des délits de presse, facilitant ainsi la répression des journalistes. Les organisations internationales appellent désormais le Niger à respecter ses engagements internationaux, notamment la Charte africaine des droits de l’Homme, et à libérer sans délai l’ensemble des journalistes injustement emprisonnés.