Au Niger, la situation sanitaire s’aggrave avec une recrudescence précoce des foyers infectieux. Depuis février, des interventions vaccinales d’urgence sont déployées pour tenter de contenir la propagation du virus. Le point sur cette crise avec les experts médicaux présents sur le terrain.
Un bond alarmant des contaminations sur le territoire nigérien
L’année en cours marque un tournant préoccupant avec une croissance fulgurante du nombre de malades. Les statistiques officielles font état de 3 213 signalements au premier trimestre, contre seulement 1 081 sur la même période l’an passé, soit un volume multiplié par trois. Dès le mois d’avril, le bilan a franchi le cap des 6 000 cas suspects au Niger. Cette vague épidémique a déjà causé 15 décès, plaçant 27 districts sanitaires sur 73 en état d’alerte, particulièrement dans les zones d’Agadez, Dosso et Tahoua.
La rougeole demeure la pathologie virale la plus transmissible au monde et l’une des menaces les plus létales pour la petite enfance. Pour l’éradiquer, une couverture vaccinale de 95 % est impérative, conformément aux recommandations internationales. Or, dans plusieurs centres de santé du Niger, ce taux peine à atteindre les 50 %. L’insécurité grandissante dans des régions comme Diffa, Tillabéry et Tahoua provoque des mouvements de populations et restreint l’accès aux soins essentiels. De plus, la crise de la covid-19 a complexifié l’organisation des campagnes de vaccination régulières.
Les obstacles rencontrés par les acteurs humanitaires
L’apparition de la covid-19 au Niger en mars 2020 a instauré un climat de méfiance, dissuadant de nombreuses familles de se rendre dans les structures de santé pour les vaccins de routine. Le personnel soignant n’a pas été épargné, entre contaminations et mesures d’isolement, réduisant les capacités opérationnelles des établissements. La priorité donnée à la gestion de la pandémie a inévitablement ralenti les efforts de prévention contre d’autres maladies.
Sur le plan logistique, le blocage des frontières a freiné l’acheminement des médicaments indispensables. Malgré cela, environ 700 000 doses vaccinales ont pu être importées pour répondre à l’urgence. Un autre défi majeur est apparu : une confusion entre le vaccin contre la rougeole et celui contre la covid-19. À Niamey et dans la région de Tillabéry, certaines communautés refusent l’immunisation par crainte. Un travail de sensibilisation intensif est mené pour rappeler l’importance vitale de protéger les enfants et de briser la chaîne de transmission.
Perspectives et risques sanitaires pour les mois à venir
L’inquiétude persiste au Niger, témoignant d’un recul global de l’immunisation de routine. Ce déclin pourrait avoir des répercussions sur plusieurs années si des sessions de rattrapage ne sont pas organisées. Outre la rougeole, la méningite inquiète également les autorités avec plus de 1 100 cas recensés dans le pays.
La vigilance est également de mise face à l’arrivée prochaine des pics saisonniers de paludisme et de malnutrition. Les projections actuelles sur la sécurité alimentaire imposent une surveillance accrue, y compris dans les régions de Maradi et Zinder, qui reçoivent parfois moins d’attention internationale que les zones de conflit armé.



