Abidjan s’est imposée comme le théâtre privilégié des échanges stratégiques sur la gestion des données personnelles en Afrique, accueillant du 18 au 21 mai 2026 la 9e conférence internationale du Réseau africain des autorités de protection des données personnelles (RAPDP). Plus de trente délégations, dont vingt-quatre originaires du continent, ainsi que des experts européens et des acteurs privés, participent à cet événement majeur qui place la Côte d’Ivoire au cœur de la régulation numérique ouest-africaine.
Le ministre ivoirien de la Transition numérique et de l’Innovation technologique, Djibril Ouattara, a présidé l’ouverture de cette conférence, soulignant l’engagement politique fort du pays pour une gouvernance des données alignée sur les défis économiques régionaux.
Abidjan, déjà reconnue comme un pôle numérique incontournable en Afrique, abrite des infrastructures stratégiques comme des câbles sous-marins et des data centers, renforçant sa légitimité à piloter l’harmonisation des cadres réglementaires. Cette conférence intervient à un moment crucial où les disparités entre législations nationales freinent les échanges transfrontaliers de données, limitant ainsi le potentiel économique du continent.
Intelligence artificielle et biométrie : les défis de la souveraineté numérique
Les travaux de cette édition s’articulent autour de trois enjeux majeurs pour les régulateurs africains. L’intelligence artificielle générative bouleverse les cadres traditionnels de consentement et de finalité des traitements, posant la question de la maîtrise des données par les autorités locales face à des plateformes souvent contrôlées depuis l’étranger. Parallèlement, l’essor de la biométrie dans l’identification civile, les programmes sociaux ou les services bancaires interroge sur la sécurité et la proportionnalité des dispositifs mis en place.
Les participants ont insisté sur la nécessité de concilier innovation et protection des citoyens, sans pour autant entraver le développement d’un marché numérique unifié. La ratification de la Convention de Malabo, bien que limitée à quelques États, est présentée comme une étape indispensable pour établir des règles communes et réduire les risques de fuites ou d’usages abusifs des données.
ZLECAf et RGPD : les arbitrages d’une économie numérique en mutation
Cette conférence s’inscrit dans un contexte où la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) travaille à l’élaboration d’un protocole sur le commerce numérique. Les discussions autour des flux transfrontaliers de données et de leur localisation soulèvent des tensions entre États : certains privilégient des règles souples pour attirer les investissements, tandis que d’autres plaident pour des garde-fous stricts afin de protéger les citoyens et d’éviter les transferts inéquitables de valeur.
La présence d’experts européens rappelle également l’influence du Règlement général sur la protection des données (RGPD) sur les entreprises africaines exportatrices de services numériques. Si l’alignement sur ce standard facilite l’accès aux marchés internationaux, il ne doit pas occulter les spécificités locales, comme l’inclusion financière par le mobile ou la nécessité de renforcer la cybersécurité des administrations.
Vers une régulation unifiée et opérationnelle
Au-delà des déclarations d’intention, cette conférence vise à produire des recommandations concrètes. Les autorités présentes œuvrent pour standardiser leurs critères d’évaluation des transferts internationaux, mutualiser leurs moyens d’investigation face aux géants du numérique et élaborer une doctrine commune sur l’intelligence artificielle. La coordination des sanctions et l’échange d’informations entre régulateurs figurent parmi les priorités, dans un paysage où les acteurs économiques opèrent à l’échelle mondiale.
Pour Djibril Ouattara, l’objectif est clair : faire d’Abidjan une plateforme de référence en matière de régulation, en phase avec l’attractivité technologique du pays. Les prochaines étapes consisteront à transformer les engagements pris en mécanismes contraignants, capables de rivaliser avec les plateformes globales.



