Tchad : chaos politique et tragédie des puits abandonnés
La mort pour un point d’eau au XXIe siècle n’est ni une malédiction ni un héritage du passé, mais le symptôme d’un État volontairement affaibli par ses dirigeants.
Depuis trois décennies et demi, le Tchad déroule le même scénario implacable. Les acteurs changent, les régimes se succèdent, mais la violence quotidienne persiste, teintée du même échec cuisant. Au lieu de résoudre les conflits entre communautés, on les transforme en performances théâtrales. Les cortèges officiels, les déplacements présidentiels et les promesses creuses l’emportent sur l’action concrète. Une justice libre et efficace serait un danger pour ceux qui gouvernent par l’arbitraire. Le résultat ? Une nation où des vies sont sacrifiées pour un accès à l’eau, ressource vitale devenue objet de luttes sanglantes.
Le théâtre des crises : quand la poudre étouffe les solutions
Face à chaque conflit autour d’un puits ou d’un pâturage, la réponse de l’État tchadien suit une chorégraphie bien huilée. Mediation médiatique, déplacements spectaculaires, discours paternalistes : la mise en scène est parfaite. Pourtant, une fois dissipée la fumée des véhicules tout-terrain, il ne reste qu’un sol aride et des promesses oubliées. Le coût de ces opérations est exorbitant. Un seul voyage présidentiel ou une mission de « pacification » consomme des budgets faramineux. Avec cette somme, des milliers de forages modernes pourraient être creusés, offrant à des milliers de foyers un accès pérenne à l’eau. Mais instaurer des infrastructures durables, c’est saper le prétexte même de l’intervention permanente. En maintenant les populations dans la précarité, on perpétue le rôle de « sauveur » des dirigeants.
Institutions en ruine, justice en déroute
Dans d’autres pays, les chefs d’État ne s’abaissent pas à gérer des querelles locales, non par mépris, mais parce que l’État fonctionne. Au Tchad, le pouvoir a délibérément vidé de sa substance l’appareil judiciaire. Une justice indépendante représente une menace pour un régime qui prospère dans le chaos. En refusant d’autoriser les tribunaux à trancher les différends, l’État force les citoyens à recourir à la loi du plus fort. Mourir pour un puits n’est pas une fatalité ancrée dans les traditions, mais le fruit d’un système politique qui a saboté ses propres institutions. L’échec est total : préférer gérer des crises récurrentes plutôt que bâtir un État stable et prospère.



