Lomé — 12 août 2026 L’Afrique de l’Ouest fait face à un choix stratégique : perpétuer une dépendance coûteuse aux importations de médicaments ou enclencher une révolution industrielle pour sécuriser son approvisionnement sanitaire. Cette question cruciale a mobilisé l’élite médicale et universitaire de la sous-région lors des 21ᵉ Assises scientifiques et culturelles de la Fédération des étudiants en Pharmacie de l’Afrique de l’Ouest (FESPAO), tenues à l’Agora Senghor.
Plutôt que de se limiter à des revendications budgétaires, les participants ont acté une rupture avec le modèle traditionnel de la pharmacie distributrice. Leur ambition ? Bâtir une industrie locale capable de rivaliser avec les standards internationaux, en s’appuyant sur l’innovation et la recherche génomique.
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Produire sur place : une question de sécurité nationale

Les crises sanitaires mondiales et les ruptures d’approvisionnement ont révélé une vulnérabilité alarmante : l’Afrique de l’Ouest dépend à plus de 70 % de médicaments importés. Une situation désormais perçue comme une menace pour la sécurité nationale. Le Professeur Gado Tchangbédji, ministre délégué chargé de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, a rappelé l’engagement du gouvernement togolais, sous l’impulsion du Président Faure Essozimna Gnassingbé, à faire de la production locale et de l’innovation pharmaceutique les piliers de la résilience sous-régionale. « L’objectif est clair : transformer ces défis en opportunités pour bâtir une autonomie sanitaire durable », a-t-il souligné lors de son intervention.
L’épidémiologie génomique et la pharmacopée traditionnelle au cœur de la stratégie

Les Assises de Lomé ont mis en lumière deux axes majeurs pour une souveraineté pharmaceutique authentique. D’une part, l’épidémiologie génomique doit permettre de développer des traitements adaptés aux réalités génétiques des populations africaines, aujourd’hui négligées dans les essais cliniques internationaux. D’autre part, la pharmacopée traditionnelle fait l’objet d’une reconnaissance inédite : il ne s’agit plus de la cantonner à un usage empirique, mais de l’intégrer dans une démarche scientifique rigoureuse pour en extraire des molécules brevetables et industrialisables.
« Nous ne pouvons plus nous contenter de copier les solutions venues d’ailleurs. Notre santé doit être pensée et produite ici, par et pour les Africains », a insisté un expert en génomique lors des débats.
Former une nouvelle génération de pharmaciens innovants

Le succès de cette révolution dépendra largement de la capacité à former une nouvelle génération de professionnels. Le Professeur Tchin Darré, à la fois ministre délégué à la Santé et doyen de la Faculté des Sciences de la Santé de l’Université de Lomé, a pointé du doigt les lacunes du système actuel. « Un pharmacien ne peut plus se limiter à délivrer des ordonnances. Demain, il devra maîtriser les techniques de fabrication industrielle, piloter des projets de recherche et valider scientifiquement les remèdes ancestraux », a-t-il déclaré.
Les cursus universitaires sont donc appelés à subir une refonte profonde pour intégrer ces compétences. L’objectif : former des experts polyvalents, capables de concilier excellence scientifique et ancrage culturel.
Les 21ᵉ Assises de la FESPAO ont ainsi jeté les bases d’une feuille de route ambitieuse. Désormais, il s’agit de traduire ces discussions en propositions concrètes et contraignantes pour les États. L’enjeu ? Garantir un accès universel aux soins, sans dépendre des usines situées aux quatre coins du monde. « L’autonomie pharmaceutique n’est pas un luxe, c’est une nécessité vitale pour notre avenir sanitaire », a conclu un participant.




