L’inspection menée par Gildas Habib Bignon Agonkan à l’École aéronautique militaire de Cana (EAM-Cana) dépasse le cadre protocolaire. Elle met en évidence une étape décisive pour l’autonomie aérienne du Bénin. En passant en revue les installations, les compétences et les obstacles de la base, le ministre chargé de la Défense nationale a exposé l’ampleur des défis pour la souveraineté du pays. Ce déplacement a surtout mis en relief des conséquences tangibles – et parfois pressantes – pour l’armée de l’air, l’économie et le positionnement régional du Bénin.
Un pilier de la montée en puissance militaire
Nichée au sein de la Base aérienne de Cana, l’EAM-Cana constitue un maillon essentiel du renforcement des Forces armées béninoises. Elle ne se contente pas de former des pilotes : elle prépare à tous les métiers stratégiques de l’aviation militaire, du contrôle aérien à la maintenance aéronautique, sans oublier le pilotage de drones. L’État-Major général a déjà recruté près de 100 opérateurs de drones, signe d’une demande croissante en compétences pointues. Mais derrière ces avancées, des faiblesses structurelles menacent son développement.
Des infrastructures qui freinent l’élan
La piste d’atterrissage de l’aérodrome de Cana s’est imposée comme le point noir de la visite. D’après les responsables de la base, son état de dégradation avancé ne garantit plus la sécurité nécessaire aux missions opérationnelles. Un constat qui pose question : comment satisfaire aux exigences modernes de l’aviation militaire quand les équipements de base sont dépassés ? Le problème va au-delà de la technique. Il engage la capacité du Bénin à décider seul dans un secteur où chaque retard creuse la dépendance.
Le ministre a aussi passé en revue les outils pédagogiques, des simulateurs de vol aux ateliers de maintenance. Ces équipements, indispensables à une formation de qualité, sont inégalement répartis et parfois vétustes. Pour le lieutenant-colonel Olayéni Thierry Monda, commandant de la Base aérienne, ces lacunes risquent d’empêcher l’école de produire des professionnels conformes aux standards actuels.
Les drones : un atout stratégique aux fondations fragiles
Le Bénin mise résolument sur les drones militaires. Les 100 opérateurs formés par l’EAM-Cana doivent assurer des missions de surveillance, de renseignement et de maintien de la paix. Leur efficacité reste toutefois tributaire des infrastructures disponibles. Pendant sa visite, Gildas Agonkan a assisté à une démonstration de drone de reconnaissance piloté par des élèves. L’exercice a confirmé le savoir-faire des instructeurs et des stagiaires, mais il a aussi mis en lumière les contraintes logistiques : espaces dédiés insuffisants, équipements limités et formation可能 insuffisante face aux besoins opérationnels réels.
Une question centrale se pose alors : le Bénin peut-il réellement s’appuyer sur ses drones pour sécuriser son espace aérien sans moderniser d’abord les moyens de base ? L’exemple de Cana montre que la réponse n’a rien d’évident. Pour un pays qui cherche à affirmer sa souveraineté aérienne, chaque maillon faible devient une faille exploitable.
Un investissement pour une autonomie durable
Au terme de son immersion, Gildas Habib Bignon Agonkan a tracé la feuille de route. En dépit des obstacles, le gouvernement béninois s’est engagé à soutenir le développement de l’EAM-Cana. L’ambition : en faire un pôle de référence sous-régional, capable de former les militaires béninois mais aussi des partenaires africains. Un objectif lourd de sens, puisqu’il vise à réduire la dépendance du pays aux formations étrangères.
Pour y parvenir, des investissements ciblés s’imposent. En tête des priorités : la rénovation de la piste d’atterrissage, le renouvellement des équipements pédagogiques et le renforcement des moyens dédiés à l’innovation. Ces mesures ne sont pas anodines : elles conditionnent l’avenir de l’aviation militaire béninoise. Sans elles, le pays risque de rester dépendant de ses voisins ou de puissances étrangères pour sa sécurité aérienne.
Un impact potentiel sur l’économie locale
Le développement de l’EAM-Cana ne concerne pas uniquement la défense nationale. Il pourrait avoir des retombées directes sur l’économie locale. Une école aéronautique performante attire des investissements, génère des emplois qualifiés et peut même devenir un pôle de formation exportable vers d’autres pays africains. En misant sur ce secteur, le gouvernement béninois pourrait diversifier ses sources de croissance et renforcer son attractivité régionale.
Ces retombées restent toutefois conditionnées à un impératif : la réussite de la modernisation de l’école. Sans infrastructure adéquate ni équipements à la hauteur, le Bénin laisserait passer une opportunité historique. La visite ministérielle a confirmé l’urgence d’agir. Reste à voir si les promesses se traduiront par des actes concrets.



