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Sifi Grine à Bamako : pourquoi la junte malienne a dû revoir sa copie face à Alger

Ce lundi, la capitale malienne a été le théâtre d’une séquence diplomatique scrutée de près. Le Premier ministre algérien Sifi Grine a foulé le sol de Bamako pour une visite officielle aux côtés du chef de la junte, le général d’armée Assimi Goïta. Une rencontre présentée comme un moment charnière pour réchauffer les relations entre les deux pays voisins du Sahel. Pourtant, derrière l’apparat et les déclarations d’intention, les cicatrices d’une brouille profonde restent bien visibles, et le spectre de l’Accord d’Alger continue de hanter les échanges.

Une entrevue à Koulouba pour recoller les morceaux

L’instant se voulait solennel. Dans les salons du palais de Koulouba, Sifi Grine et Assimi Goïta ont affiché une proximité retrouvée. Au menu des discussions : le renforcement des liens bilatéraux, la coopération en matière de sécurité et la relance des échanges économiques dans une région sous pression.

Pour Alger, ce déplacement traduit une volonté claire de réinvestir son pré carré méridional. Pour Bamako, l’affichage d’un soutien diplomatique de poids offre une bouffée d’oxygène face à un isolement international grandissant. Mais cette démonstration d’unité laisse les observateurs circonspects.

Le contentieux des accusations maliennes refait surface

Cette brusque ferveur fraternelle survient après une longue période de tensions diplomatiques d’une rare gravité. Il n’y a pas si longtemps, la junte au pouvoir à Bamako multipliait les critiques acerbes à l’encontre d’Alger. Dans une surenchère souverainiste devenue sa signature, le pouvoir militaire malien accusait son voisin du Nord d’ingérence dans ses affaires intérieures.

Parmi les reproches formulés par Bamako : l’accueil par l’Algérie de figures de l’opposition malienne et de responsables religieux influents, mais surtout le soutien prêté, selon la junte, aux groupes rebelles autonomistes du Nord. En dénonçant des « actes hostiles » dissimulés derrière un rôle d’intermédiaire de paix, la junte cherchait à pointer un bouc émissaire extérieur pour expliquer l’enlisement sécuritaire et la détérioration du terrain.

Un rapprochement dicté par les réalités géopolitiques

L’accolade de ce lundi ressemble davantage à un mariage de raison qu’à une alliance sincère. Bamako, engagée dans une rupture brutale avec ses partenaires occidentaux traditionnels et empêtrée dans des alliances régionales incertaines, cherche désespérément à diversifier ses appuis diplomatiques.

De son côté, Alger ne peut se permettre un foyer d’instabilité permanent à sa frontière sud, terrain propice aux réseaux terroristes et aux trafics transfrontaliers. La rencontre entre Sifi Grine et Assimi Goïta relève donc d’un pragmatisme froid : sauver les apparences pour éviter le point de non-retour, sans effacer les ressentiments profonds qui minent la confiance entre les deux gouvernements.

L’Accord d’Alger, l’atout maître d’Alger

Dans ce bras de fer feutré, l’Algérie conserve un avantage stratégique indéniable. Historiquement perçue comme le verrou sécuritaire et le médiateur incontournable du Sahel, elle a longtemps dicté l’agenda de la paix dans la région, notamment à travers l’Accord d’Alger de 2015.

En dénonçant unilatéralement cet accord au début de l’année 2024, la junte d’Assimi Goïta pensait affirmer son autorité et secouer toute tutelle extérieure. Mais le terrain a démenti cette ambition. L’abandon du cadre de négociation algérien n’a ni ramené la paix dans le nord du Mali, ni éradiqué la menace sécuritaire. En se rendant aujourd’hui à Bamako pour imposer ses termes et réengager le dialogue, Alger démontre sa centralité politique : Bamako peut tenter d’ignorer la diplomatie algérienne, mais elle finit toujours par devoir composer avec elle.

Les limites d’une diplomatie sous uniforme

Si cette visite protocolaire offre un répit médiatique bienvenu au général Assimi Goïta, elle ne résout aucun des problèmes de fond. La junte malienne continue d’asseoir son pouvoir sur une rhétorique sécuritaire tout en repoussant indéfiniment le retour à un ordre constitutionnel démocratique.

Sans un véritable engagement en faveur de la stabilité politique intérieure et sans une prise en compte sincère des équilibres régionaux, les promesses formulées lors de cette rencontre risquent de rester lettre morte. Derrière les sourires des diplomates et la rigueur des uniformes, la relation entre Bamako et Alger demeure un terrain miné où chaque partie guette le faux pas de l’autre.