Le contrat liant l’Agence sénégalaise d’électrification rurale (ASER) à l’entreprise espagnole AEE Power refait surface dans l’arène politique dakaroise. Thierno Alassane Sall, président de La République des valeurs et député à l’Assemblée nationale, dénonce une duplicité manifeste de la part du parti au pouvoir, Pastef, concernant ce programme d’électrification rurale. Une accusation inhabituelle dans le paysage parlementaire local, révélatrice des tensions autour de ce dossier.
L’électrification rurale au cœur d’un conflit contractuel
Ce marché, visant à connecter des milliers de villages au réseau électrique national, est devenu un symbole des désaccords persistants entre l’exécutif et une partie de l’opposition. Les critiques portent sur l’exécution des travaux, les paiements effectués et les résultats concrets livrés. Le paradoxe frappe : des responsables de Pastef, avant leur arrivée au pouvoir, dénonçaient ce contrat comme un exemple de mauvaise gestion sous l’ancien régime.
Une fois aux commandes, ces mêmes responsables doivent désormais assumer les engagements de l’État envers AEE Power. Thierno Alassane Sall souligne cette inversion des rôles, mettant en lumière une incohérence flagrante entre les promesses électorale de rupture et la gestion actuelle du dossier.
Thierno Alassane Sall attaque la stratégie de Pastef
Spécialiste reconnu des enjeux énergétiques, l’ancien ministre de l’Énergie rappelle que Pastef, dirigé par Ousmane Sonko et porté par le président Bassirou Diomaye Faye, ne peut plus se cacher derrière un rôle d’opposant. Il pointe du doigt une approche sélective dans l’audit des contrats opaques, notamment celui avec AEE Power. Selon lui, cette méthode affaiblit la crédibilité d’un discours fondé sur la transparence.
Les zones d’ombre persistent : calendrier incertain de résiliation, pénalités floues et paiements déjà effectués alimentent les interrogations. Thierno Alassane Sall exige une clarification devant l’Assemblée nationale, affirmant que cette instance est légitime pour trancher un litige engageant les finances publiques et la réputation internationale du Sénégal.
Un dossier aux répercussions économiques et souveraines
Au-delà des querelles politiques, ce contentieux interroge l’avenir du secteur énergétique sénégalais. L’électrification rurale, financée à hauteur de plusieurs dizaines de milliards de francs CFA, est cruciale pour réduire les disparités d’accès à l’électricité. Une rupture brutale du contrat exposerait l’État à des procédures d’arbitrage international onéreuses, comme en témoignent d’autres litiges extractifs traités devant le Cirdi ces dernières années.
Pour les investisseurs et bailleurs de fonds, la gestion de ce dossier par les nouvelles autorités servira de référence. Une résolution transparente renforcerait la confiance dans la souveraineté contractuelle du Sénégal. À l’inverse, une approche perçue comme politique pourrait alourdir le coût des futurs financements et compliquer l’attractivité des appels d’offres énergétiques.
La prise de parole de Thierno Alassane Sall survient dans un contexte où l’exécutif mise sur une campagne de responsabilisation ciblant l’ancienne majorité. En dénonçant les contradictions de Pastef sur l’ASER, l’ancien ministre recentre le débat sur les pratiques actuelles du pouvoir. La suite dépendra des décisions de la commission parlementaire compétente et des communications officielles de l’ASER dans les semaines à venir.



