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Romuald wadagni prend les rênes du Bénin : un nouveau cap pour le pays

Romuald Wadagni prend les rênes du Bénin : un nouveau cap pour le pays

À quelques semaines de ses cinquante ans, Romuald Wadagni entame officiellement un mandat de sept ans à la tête du Bénin. Son investiture, formalisée par la Cour constitutionnelle, s’est déroulée dimanche matin dans la sobriété au palais présidentiel de Cotonou, la capitale économique. Une cérémonie marquée par l’absence notable des chefs d’État étrangers, une tradition désormais ancrée lors des transitions récentes.

Une élection sans suspense et des promesses de campagne

L’élection du 12 avril dernier avait été un scrutin sans surprise : Romuald Wadagni, seul candidat en lice face à Paul Hounkpè, avait remporté le scrutin haut la main. Son adversaire, dont le parti, les Forces cauris pour un Bénin émergent (FCBE), a depuis rejoint la majorité présidentielle, avait peu de chances de rivaliser avec un profil aussi technique. L’opposition, représentée par les Démocrates, s’était quant à elle retrouvée exclue du processus électoral en raison d’un manque de parrainages, plongeant le parti dans une crise interne.

Lors de son discours d’investiture, le nouveau président a d’abord salué l’héritage de son prédécesseur avant d’évoquer les engagements phares de sa campagne. « Une croissance économique ne prend tout son sens que lorsqu’elle se traduit concrètement dans le quotidien des citoyens », a-t-il souligné, insistant sur l’importance de redonner confiance aux jeunes générations. « Aux jeunes du Bénin qui refusent les fatalités et souhaitent réussir ici, sur place, par leur travail, je leur dis : le Bénin croit en vous et vous offrira les moyens de réussir », a-t-il déclaré.

Priorités économiques et défis sécuritaires

Romuald Wadagni, ancien ministre des Finances sous Patrice Talon, devrait poursuivre les réformes économiques ambitieuses engagées ces dernières années. Son expertise en matière de gestion financière, forgée au sein de prestigieuses institutions comme Deloitte et Harvard, ainsi que son passage à la tête du ministère de l’Économie, ont permis au Bénin de réduire son déficit à 3 % du PIB et de lancer des projets d’infrastructures majeurs. La croissance moyenne, dépassant les 6 % sur la dernière décennie, a attiré les investisseurs internationaux, faisant du pays un élève modèle en Afrique de l’Ouest.

Cependant, le nouveau président devra également relever un défi de taille : la menace jihadiste dans le nord du pays. Les groupes armés, qui recrutent parmi la population locale, ont déjà causé de lourdes pertes à l’armée béninoise. « Le Bénin ne cédera ni à la peur ni à la négligence. L’État restera ferme face à toute menace contre notre unité et notre sécurité », a-t-il martelé, appelant à une collaboration renforcée avec les pays voisins.

Diplomatie : apaiser les tensions régionales

Romuald Wadagni, connu pour son francophilie assumée, devra aussi œuvrer à la réconciliation du Bénin avec ses voisins sahéliens, en particulier le Niger. Les juntes au pouvoir à Niamey, accusant régulièrement le Bénin de vouloir déstabiliser leur régime, ont tourné le dos à l’Occident. Pourtant, dimanche, le Premier ministre nigérien Ali Mahaman Lamine Zeine a fait le déplacement à Cotonou pour assister à l’investiture, un geste symbolique fort. Le Burkina Faso et le Mali étaient également représentés par leurs ministres des Affaires étrangères, confirmant une volonté de décrispation.

Libertés publiques sous surveillance

Les premières mesures prises par Romuald Wadagni en matière de libertés individuelles seront scrutées de près. Son prédécesseur, Patrice Talon, est en effet critiqué pour son virage autoritaire, notamment à travers l’emprisonnement d’opposants de premier plan. L’ONG Reporters sans frontières (RSF) a d’ailleurs appelé le nouveau président à faire de la liberté de la presse une priorité, en libérant les journalistes emprisonnés.

Le Bénin entre désormais dans une période de plus de six ans sans élection, conformément à une réforme constitutionnelle ayant aligné tous les scrutins nationaux et locaux sur une même année.

Un profil technocrate et ancré dans son terroir

Issu d’une famille d’intellectuels – son père, Nestor, était un économiste renommé, et sa mère, une entrepreneure –, Romuald Wadagni est né le 20 juin 1976 à Lokossa, dans le sud-ouest du pays, près du Togo. Malgré une carrière internationale marquée par des études en finance à Grenoble, une formation à Harvard et un passage chez Deloitte, il n’a jamais rompu avec ses racines. Il possède d’ailleurs une exploitation agricole qu’il gère toujours avec passion.

Son parcours professionnel l’a conduit à rejoindre Patrice Talon en 2016, alors fraîchement élu président. Chargé du ministère de l’Économie et des Finances, il a piloté un ambitieux programme de réformes, assainissant les finances publiques et modernisant l’économie béninoise. En 2021, lors de la réélection de Talon, il a été promu ministre d’État, confirmant sa place centrale dans la gouvernance du pays.

Un leadership sobre et efficace

Romuald Wadagni est souvent décrit comme un technocrate discret, une qualité qui pourrait s’avérer précieuse dans un contexte où sobriété et efficacité sont recherchées. « Certains lui reprochent un manque d’éclat politique, mais cela peut aussi être une force. Pour nous, il incarne une nouvelle génération de dirigeants, moins dans le discours et plus dans l’action », estime Lucien Fayomi, militant et soutien du nouveau président.

L’analyste politique Franck Kinninvo résume bien la situation : « En tant que président, Romuald Wadagni va s’inscrire dans la continuité des réformes engagées. Mais gouverner ne se limite pas à l’économie ; il devra aussi affronter les défis sécuritaires et sociaux qui pèsent sur le pays. »