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Rivalité Russie-Ukraine : l’accusation de Lavrov sur le M23 en RDC au cœur des tensions africaines

Une tournée diplomatique qui s’envenime entre Moscou et Kiev

Une mission officielle en Afrique de l’Est se transforme en un nouveau terrain de confrontation verbale entre Moscou et Kiev. Le 10 juillet, lors d’une conférence de presse à Bujumbura, Sergueï Lavrov, ministre russe des Affaires étrangères, a formulé une accusation choc : des ressortissants ukrainiens apporteraient un soutien logistique et militaire au M23 dans l’est de la République démocratique du Congo. Ces déclarations, faites en présence de son homologue burundais Édouard Bizimana, visaient également le gouvernement congolais et les autorités de Bujumbura. Dès le lendemain, Kiev a catégoriquement rejeté ces allégations, les qualifiant de « désinformation pure et simple ».

Cette escale diplomatique s’inscrivait dans le cadre d’une visite de Lavrov en Afrique, à quelques mois du Sommet Russie-Afrique prévu les 28 et 29 octobre à Moscou. Une occasion pour le Kremlin de renforcer ses alliances continentales, alors que la Russie étend son influence sur le continent.

Des accusations sans preuves tangibles

Sergueï Lavrov a évoqué une « agression » du M23 « soutenue par des représentants étrangers, dont des Ukrainiens », sans fournir la moindre preuve concrète. Ce groupe armé, déjà sous sanctions de l’ONU, contrôle depuis janvier 2025 de vastes territoires dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, après avoir pris le contrôle de Goma. Plusieurs rapports d’experts onusiens ont par ailleurs documenté l’implication des Forces de défense rwandaises dans l’approvisionnement du mouvement.

Heorhii Tykhyi, porte-parole du ministère ukrainien des Affaires étrangères, a répondu avec virulence. Il a dénoncé une tentative de Moscou de discréditer Kiev et ses partenaires africains, tout en accusant la Russie de violer les sanctions internationales en armant des factions locales. Selon lui, ces accusations serviraient à fragiliser les efforts de médiation conduits par les États-Unis dans la région des Grands Lacs.

Un précédent malien qui fragilise la crédibilité des démentis ukrainiens

L’histoire se répète : en juillet 2024, une embuscade dans le nord du Mali a coûté la vie à plusieurs dizaines de mercenaires russes du groupe Wagner et de soldats maliens. Les assaillants, des rebelles touaregs et des membres du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM), ont revendiqué leur victoire. Andriï Yusov, porte-parole du renseignement militaire ukrainien (GUR), avait alors affirmé que ses services avaient fourni « toute l’information nécessaire » aux rebelles. Kiev a finalement fait marche arrière, sans pour autant convaincre Bamako ni Niamey. Résultat : le Mali, le Niger et le Burkina Faso ont rompu leurs relations diplomatiques avec l’Ukraine en août 2024. Une décision qui a été portée devant le Conseil de sécurité de l’ONU par les autorités maliennes.

Le scénario soudanais : une ambiguïté persistante

Un schéma similaire s’observe au Soudan, où la guerre civile oppose depuis avril 2023 l’armée soudanaise aux Forces de soutien rapide (FSR). Dès fin 2023, plusieurs médias ont évoqué la présence d’une unité ukrainienne secrète, baptisée « Timur », au sein du conflit. Bien que Kiev n’ait jamais confirmé ni infirmé ces informations, des vidéos ont circulé en janvier 2024 montrant des frappes de drones attribuées à cette unité contre des mercenaires russes et leurs alliés locaux. En octobre 2025, l’armée soudanaise a annoncé avoir éliminé des combattants étrangers, parmi lesquels figuraient des Colombiens et des Ukrainiens, aux côtés des FSR lors des combats pour le contrôle d’El-Fasher.

Ces précédents jettent une ombre sur la crédibilité du démenti ukrainien concernant l’implication de ressortissants de Kiev dans le conflit congolais. Au Mali, Kiev avait d’abord revendiqué un rôle avant de se rétracter. Au Soudan, l’ambiguïté persiste sans jamais être levée. Pour l’instant, aucune source ukrainienne, officielle ou non, n’a établi de lien entre Kiev et le M23. Le dossier reste donc en suspens, alors que Lavrov poursuit sa tournée diplomatique en Afrique. L’enjeu ? Préparer le terrain avant le prochain Sommet Russie-Afrique, où Moscou entend consolider son influence stratégique sur le continent.