RDC : l’OCHA ajuste sa stratégie humanitaire face à l’urgence Ebola et les besoins accrus

Face à la 17ᵉ épidémie d’Ebola qui sévit en République démocratique du Congo (RDC), particulièrement dans la province de l’Ituri, déjà fragilisée par des conflits armés, une révision des priorités humanitaires s’impose. Le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations Unies (OCHA/RDC) a ainsi réajusté son Plan de réponse humanitaire (HNRP) 2026 pour renforcer l’aide aux populations affectées jusqu’à la fin de l’année.

Un camp des déplacés à Goma

Initialement, en janvier 2026, le gouvernement congolais et la communauté humanitaire avaient lancé un appel de fonds de 1,4 milliard de dollars américains pour répondre aux besoins vitaux de près de 15 millions de Congolais, notamment dans l’Est du pays. Cependant, les contraintes financières et l’aggravation de la situation ont contraint les Nations Unies et leurs partenaires à cibler seulement 7,3 millions des personnes les plus vulnérables.

Selon l’addendum au Plan de réponse humanitaire 2026, le nombre de personnes nécessitant une assistance a grimpé à 18,5 millions. En conséquence, le nouveau plan vise à soutenir 10,8 millions d’individus, avec un financement requis désormais estimé à 2,13 milliards de dollars américains.

Cette adaptation du plan s’aligne avec la volonté du gouvernement congolais. Eve Bazaiba, ministre d’État, ministre des Affaires sociales et de la Solidarité nationale, avait précédemment exprimé le besoin de consulter les partenaires pour réorganiser les priorités face au manque de fonds et à l’épidémie d’Ebola.

« La révision du Plan de réponse humanitaire 2026 (HNRP) de la République démocratique du Congo intervient dans un contexte de dégradation rapide de la situation humanitaire, marqué par l’apparition, en mai 2026, d’une épidémie de maladie à virus Ebola (MVE) due à la souche Bundibugyo dans l’est du pays. Cette flambée épidémique constitue un choc sanitaire majeur qui remet en question les hypothèses de planification du HNRP 2026, initialement fondées sur une aggravation progressive des besoins humanitaires liés aux conflits armés, aux catastrophes naturelles et aux urgences sanitaires, principalement l’épidémie de choléra », précise OCHA/RDC dans son document.

L’organisme des Nations Unies souligne que l’épidémie d’Ebola agit comme un puissant catalyseur, exacerbant les vulnérabilités existantes et complexifiant les opérations de secours. Une révision ciblée du HNRP est donc devenue impérative pour actualiser l’évaluation des besoins, réévaluer les conditions de sécurité et redéfinir les stratégies d’intervention humanitaire.

« L’épidémie a été détectée début mai 2026 à Bunia, dans la province de l’Ituri, à la suite de l’identification d’un cluster de cas graves, notamment parmi les agents de santé. Depuis, la transmission s’est rapidement propagée à plusieurs zones de santé des provinces de l’Ituri, du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, avec un foyer épidémiologique particulièrement actif dans les zones de santé de Bunia, Rwampara et Mongwalu, en Ituri », ajoute OCHA/RDC.

Cette flambée épidémique s’inscrit dans un cadre de dégradation humanitaire continue depuis fin 2025. Entre décembre 2025 et mars 2026, des évolutions sécuritaires et humanitaires majeures ont été constatées au Nord-Kivu et au Sud-Kivu, incitant les Coordinations opérationnelles humanitaires provinciales (COHP) à revoir les niveaux de gravité des besoins dans ces zones.

Parallèlement, l’OCHA note une aggravation de l’insécurité alimentaire aiguë, confirmée par l’analyse IPC de mars 2026, augmentant le nombre de personnes nécessitant une aide. La RDC est également confrontée à une résurgence inquiétante du choléra.

Dans ce contexte de réduction des financements humanitaires internationaux, James Swan, représentant spécial du Secrétaire général de l’ONU en RDC et chef de la MONUSCO, a rappelé devant le Conseil de sécurité des Nations Unies le 26 juin dernier que le Plan de réponse humanitaire 2026 n’avait atteint qu’un taux de financement de 53,3 %. Il a lancé un appel urgent aux partenaires internationaux pour mobiliser les ressources restantes face aux besoins humanitaires croissants en RDC.

La RDC a déjà souffert des conséquences d’un sous-financement chronique, notamment la suspension de l’aide humanitaire par les États-Unis. Le Plan de réponse humanitaire 2025, chiffré à 2,54 milliards de dollars, était resté largement sans fonds, malgré une détérioration constante de la sécurité et de la situation humanitaire dans l’Est du pays.

À l’échelle mondiale, le plan humanitaire des Nations Unies pour 2026 vise à assister 87 millions de personnes avec un besoin de 23 milliards de dollars. Bien que les États-Unis aient promis une contribution « historique », Washington souhaite également une refonte du modèle humanitaire international, dans un contexte de besoins immenses et de raréfaction des financements.