La République démocratique du Congo vient de porter plainte devant la Cour internationale de Justice contre le Rwanda. Kinshasa accuse Kigali de soutenir activement les groupes armés opérant dans l’est du pays, en particulier l’AFC-M23.
Cette action en justice intervient alors qu’un an s’est écoulé depuis la signature d’un accord de paix à Washington entre les deux nations. L’accord, censé mettre un terme aux hostilités dans l’est de la RDC, n’a pas eu l’effet escompté. Les combats entre l’armée congolaise et la rébellion soutenue par le Rwanda se poursuivent quotidiennement.
Parallèlement, les États-Unis ont imposé des sanctions à plusieurs responsables rwandais impliqués dans le trafic illégal de minerais issus des zones sous contrôle rebelle.
Un accord de paix resté lettre morte
Kinshasa et Kigali s’étaient engagés à collaborer pour restaurer la paix dans l’est, où l’AFC-M23 occupe de vastes territoires depuis plus d’un an. Pourtant, sur le terrain, la situation n’a pas évolué.
« On espérait qu’après la signature, les banques rouvriraient, les aéroports reprendraient leurs activités. Malheureusement, on vit toujours la même misère », témoigne un habitant de Bukavu, chef-lieu du Sud-Kivu.
Un autre résident de la ville s’interroge : « Les États-Unis ont-ils encore l’influence qu’ils avaient ? Pourquoi la même politique qu’ils appliquent ailleurs n’est-elle pas utilisée contre nos voisins qui nous agressent ? » Et un troisième d’ajouter : « Rien n’a changé. Lors des rencontres, ils affichent de bonnes intentions, mais sur le terrain, la guerre continue. »
Sanctions et recours juridiques contre Kigali
La RDC accuse le Rwanda de soutenir depuis près de trois décennies des groupes armés responsables de graves violations des droits humains. Kinshasa a donc saisi la CIJ pour exiger des réparations pour les victimes et la reconnaissance de la responsabilité de Kigali.
Les États-Unis ont récemment sanctionné la raffinerie rwandaise Gasabo Gold, ses dirigeants et plusieurs sociétés minières impliquées dans le trafic de minerais provenant des zones contrôlées par l’AFC-M23. Selon Washington, ce trafic finance la rébellion. Toutefois, certains analystes doutent de l’efficacité de ces sanctions.
« La perception générale est que ces mesures ne suffisent pas à changer les calculs stratégiques des acteurs. Tant que le coût de la confrontation reste inférieur à celui des concessions, le statu quo perdure », explique Yvon Muya, expert en études des conflits à l’Université Saint-Paul d’Ottawa.
Vers une intensification du conflit
La paix semble encore lointaine alors que les échanges de tirs sont quotidiens dans plusieurs zones. Bob Kabamba, professeur à l’Université de Liège, estime que les belligérants se préparent à une nouvelle escalade.
« Chaque partie en profite pour se réorganiser, se réarmer et se préparer à ce qu’on pourrait appeler la bataille décisive. Soit le gouvernement reprend les territoires conquis, soit la rébellion avance vers le Katanga et fragilise le régime de Kinshasa », analyse-t-il.
Depuis plus d’un an, l’AFC-M23 contrôle Goma et Bukavu, ainsi que de nombreuses localités du Nord-Kivu et du Sud-Kivu. Les affrontements aggravent chaque jour la crise humanitaire qui touche des milliers de déplacés.



