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Port de Cotonou : le tournant qui transforme le Bénin en puissance logistique régionale

Le Port autonome de Cotonou n’est plus seulement une porte d’entrée pour les marchandises du Bénin et de son hinterland. En 2025, il a franchi un cap décisif : avec 14,7 millions de tonnes traitées, soit une hausse de 52 % par rapport à 2024, la plateforme portuaire béninoise s’impose désormais comme un acteur stratégique du commerce ouest-africain, capable de diversifier ses flux et de résister aux turbulences régionales.

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Une diversification qui change la donne

Longtemps dépendant des échanges avec son arrière-pays, le port de Cotonou a entamé une mutation profonde. Les chiffres de 2025 et du premier semestre 2026 révèlent une stratégie ambitieuse : multiplier les sources de trafic, développer le transbordement et renforcer les exportations. Cette nouvelle dynamique marque une rupture avec le modèle traditionnel.

En 2025, le trafic global a atteint 14,7 millions de tonnes contre 9,6 millions en 2024. Les exportations ont grimpé de 74,8 % et le transbordement a explosé de 312,6 %. Le nombre de navires accueillis est passé de 725 à 841. Ces performances sont d’autant plus remarquables que le corridor béninois a subi la fermeture de la frontière avec le Niger, perturbant les échanges avec l’hinterland.

Le transbordement, moteur de la nouvelle stratégie

Le véritable tournant réside dans l’essor spectaculaire du transbordement. Cette activité a bondi de 312,6 % en 2025, puis de 152,1 % au premier semestre 2026, atteignant 516 558 tonnes contre 204 928 tonnes un an plus tôt. Cotonou ne se contente plus d’être une porte d’entrée : il devient une plateforme de redistribution vers d’autres destinations régionales.

Cette évolution stratégique permet au port de réduire sa vulnérabilité aux crises. Le Niger, le Burkina Faso et le Mali restent des marchés clés, mais le port cherche désormais à capter de nouveaux flux, notamment vers le Nigeria et d’autres économies de la sous-région.

Une résistance aux chocs régionaux

Malgré les tensions diplomatiques et commerciales avec le Niger, le trafic global a continué de progresser. Cette résilience témoigne de l’efficacité des investissements réalisés dans les infrastructures, la digitalisation et la modernisation des équipements. Le programme de transformation inclut le Terminal 5, l’agrandissement du bassin portuaire et l’amélioration des accès.

La Banque africaine de développement soutient cette mutation avec un financement d’environ 60 milliards de FCFA pour le Terminal 5, l’accès centralisé et le parking Zongo, visant à fluidifier les mouvements et à renforcer la compétitivité de la plateforme.

Un moteur pour l’économie béninoise

L’impact du port dépasse largement les quais. Son activité irrigue le transport routier, la manutention, le transit, l’entreposage, l’assurance, les banques, la douane, le commerce, la restauration, la maintenance et les services numériques. Chaque hausse du trafic crée un effet d’entraînement sur l’ensemble de l’économie nationale.

La modernisation du PAC représente plus de 450 millions d’euros d’investissements à moyen terme. Elle vise à améliorer la compétitivité des entreprises béninoises en réduisant les délais et en facilitant l’accès aux marchés internationaux.

La montée en puissance des exportations

Au premier semestre 2026, les exportations ont atteint environ 2,87 millions de tonnes, contre 2,16 millions un an plus tôt, soit une progression de 33,3 %. Cette dynamique est portée par l’augmentation de la production industrielle et les exportations de pétrole brut nigérien.

Le développement de la Zone industrielle de Glo-Djigbé (GDIZ) et la recherche de nouveaux marchés donnent au port une fonction supplémentaire : soutenir la transformation du Bénin d’une économie de réexportation vers une économie de production et d’exportation de produits transformés.

Un repositionnement stratégique réussi

La réussite du port de Cotonou ne se mesure plus uniquement au tonnage manutentionné. Elle se mesure à sa capacité à attirer durablement les opérateurs, à sécuriser les chaînes d’approvisionnement et à gagner des parts de marché dans la sous-région. Le Container Port Performance Index de la Banque mondiale et de S&P Global Market Intelligence a classé Cotonou au 303e rang sur 403 ports en 2024, contre le 402e rang sur 405 en 2023, soit une progression de près de cent places en un an.

Des défis subsistent : fluidité des corridors, réduction des coûts logistiques, sécurité, digitalisation et reconquête de certains marchés de l’hinterland. Mais une chose est sûre : le port de Cotonou ne défend plus seulement ses positions historiques, il conquiert de nouveaux territoires commerciaux. Pour le Bénin, l’enjeu est de consolider ce levier économique et de faire de Cotonou une plateforme incontournable pour les échanges ouest-africains.

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