En Côte d’Ivoire, plus de 400 000 points de service de mobile money sont recensés par l’Agence de promotion de l’inclusion financière. Ce chiffre est 300 fois supérieur au nombre total de distributeurs automatiques de billets dans le pays. Les Ivoiriens utilisent quotidiennement ces cabines pour déposer leur salaire ou retirer de l’argent, mais les agents sont souvent confrontés à un manque de liquidités qui freine leur activité.
Dans le quartier d’Angré Château, en fin d’après-midi, la cabine de mobile money est à sec. Rosette, venue retirer 10 000 francs CFA (15 euros), se montre résignée : « Quand tu arrives, ils n’ont pas ce qu’il te faut, c’est comme ça, on fait avec. »
Nema, la guichetière, fait patienter les clients : « Certains jours, il y a beaucoup de retraits et on manque d’espèces. On s’excuse et on dit aux clients qu’on est en mode dépôt. »
Affoué, gérante de la cabine et ancienne comptable, déplore la perte de clientèle : « Tu perds le client et sa commission, donc il faut bien s’en occuper pour que les commissions augmentent et qu’on dégage un bénéfice net. »
Perte de clientèle, perte de rentabilité
Les opérateurs de mobile money (Orange, Moov, MTN, Wave) reversent une commission aux gérants. Pour une transaction de 10 000 francs CFA, ils gagnent entre 20 et 60 francs CFA (3 à 9 centimes d’euros). Plus les transactions sont nombreuses et importantes, plus leurs revenus grimpent.
Mais le manque de cash ou de crédit grippe la machine. Les agents doivent fermer pour se réapprovisionner auprès des opérateurs ou des banques. « Ils perdent des clients, les commissions baissent, ce n’est pas rentable, et ils sont obligés de fermer pour aller chez les distributeurs », explique un observateur.
La moto pour être plus réactif
Gertrude Yapi, directrice des opérations de Leya, une startup abidjanaise, propose un service de convoyeurs de fonds à moto pour dépanner les points de service. « On les approvisionne en crédit en moins de quatre minutes, et on envoie le cash en moins de 30 minutes. Cela permet aux points de vente d’augmenter leur chiffre d’affaires de 50 %. » Leya revendique plus de 3 000 clients actifs dans quatre villes : Abidjan, Bondoukou, Bouaké et Korhogo.
L’économiste ivoirien Kassoum Timité souligne l’importance de la continuité de service pour l’économie : « Le mobile money s’adresse au secteur informel, qui représente jusqu’à 40 % du PIB ivoirien. Le manque de liquidités ralentit les transactions et l’activité économique diminue. »
En 2024, plus de 140 milliards de francs CFA (210 millions d’euros) étaient échangés chaque jour via mobile money, soit près de quatre fois plus qu’en 2020.



