Le climat politique au Sénégal interroge : assistons-nous à un basculement irréversible où la confrontation permanente prime sur le respect des institutions ?
Ousmane Sonko, figure emblématique du Pastef, a longtemps incarné une opposition musclée, marquée par le slogan « gatsa-gatsa » (« courte queue se paie par courte queue »). Une rhétorique née pour défier l’autorité, mais qui, au fil du temps, a glissé vers une stratégie de blocage systématique. Jusqu’où le leader va-t-il pousser cette logique de confrontation ?
Son ascension fulgurante, de l’opposition aux bancs de l’Assemblée nationale, a été suivie d’une tentative audacieuse de réformer les règles du jeu. Pourtant, le projet de révision constitutionnelle a été balayé par le Conseil constitutionnel, un revers qui semble avoir enflammé les tensions plutôt que de les apaiser. Plutôt que de chercher des compromis, la frustration s’est muée en une radicalisation accrue de son approche.
C’est dans ce contexte qu’émerge le « maa tay » institutionnel (« je m’en fous »). Une posture qui ne se contente plus de contester les adversaires politiques : elle remet en cause les fondements mêmes de l’État. Les faits parlent d’eux-mêmes :
- Obstruction systématique : paralyser délibérément les institutions pour bloquer toute action gouvernementale, sans égard pour l’intérêt général.
- Contournement des institutions : ignorer les décisions de justice et les arbitrages constitutionnels, au nom d’une posture politique calculée.
- Prise d’otage des institutions : transformer les règles du jeu en leviers de pression, après l’échec de ses ambitions réformatrices.
Une telle dérive interroge sur les limites de cette stratégie. La démocratie sénégalaise s’est toujours appuyée sur la solidité de ses institutions pour surmonter les crises. Substituer le mépris des procédures au dialogue, c’est fragiliser les piliers mêmes de l’État. Les ambitions personnelles, fussent-elles légitimes, ne doivent pas ébranler la stabilité républicaine.
Le contre-pouvoir est un droit constitutionnel précieux. En revanche, le blocage systématique par défi politique n’est qu’une impasse. Les institutions, elles, perdurent bien au-delà des hommes et de leurs ambitions. Fragiliser ces fondations pour masquer des frustrations ou des calculs politiques, c’est risquer de fragiliser le Sénégal tout entier.



