Arrêté pour ses prises de position, Nassirou Bodo incarcéré à Niamey
Nassirou Bodo a été placé sous mandat de dépôt à la maison d’arrêt de Niamey, après une présentation au parquet, a annoncé une source judiciaire locale. Cette détention fait suite à une garde-à-vue prolongée dans les locaux de la police, où l’activiste avait été placé en custodie.
Une figure de la société civile sous les verrous
Kaka Touda, promoteur de la société civile nigérienne, a confirmé sur les réseaux sociaux l’incarcération de Nassirou Bodo. Le motif exact de cet emprisonnement n’a pas été précisé, mais les autorités judiciaires évoquent désormais une procédure engagée pour « diffusion de données de nature à troubler l’ordre public ».
Les observateurs locaux s’interrogent sur le timing de cette arrestation, alors que le pays traverse une période de tensions sociales persistantes.
Un appel à la mobilisation contre les violences d’État
Quelques jours avant son arrestation, Nassirou Bodo avait publié un message sur Facebook appelant les Nigériens à réagir face aux exactions attribuées aux autorités. Dans ce texte, il dénonçait « la violence structurelle que l’État exerce sur les populations » et proposait un mouvement de contestation d’une durée d’un an, renouvelable à partir du 1er juin.
Parmi les griefs avancés par l’activiste : l’insécurité chronique qui frappe plusieurs régions du Niger, mais aussi les expulsions forcées de populations vivant dans des zones jugées sensibles. Ces dernières semaines, des habitants des environs de l’aéroport de Niamey ont été évacués sous prétexte de « protection contre les risques terroristes », une décision justifiée par les autorités comme une mesure de prévention face aux menaces jihadistes.
Les démolitions d’habitations considérées comme illégales sont présentées par l’État comme un moyen de « sécuriser la capitale », une stratégie contestée par de nombreux défenseurs des droits humains.
Contexte sécuritaire et répression politique au Niger
Le Niger fait face, depuis plusieurs années, à une insécurité endémique alimentée par des groupes armés affiliés à Al-Qaïda et à l’État islamique au Sahel. Depuis le changement de régime en juillet 2023, marqué par l’arrivée des militaires au pouvoir, la situation politique s’est tendue. Journalistes et militants subissent désormais une surveillance accrue, avec des interpellations et des incarcérations ciblées.
Les chefs d’accusation retenus contre les détracteurs du pouvoir varient : diffamation, atteinte à la sécurité nationale, complot contre l’autorité de l’État, ou encore apologie du terrorisme. Ces dernières années, des dizaines de professionnels des médias et de la société civile ont été privés de liberté.
Selon les dernières données disponibles, treize journalistes ont été arrêtés en 2025 par les autorités nigériennes. Après plusieurs mois d’incarcération, trois d’entre eux, dont un correspondant étranger, ont recouvré la liberté début mai. Cinq autres professionnels de l’information restent détenus, selon les associations de défense de la presse locale.
Parmi les personnalités toujours enfermées figure Moussa Tchangari, figure emblématique de l’opposition, incarcéré depuis décembre 2024. Ses soutiens dénoncent une instrumentalisation de la justice pour museler les voix critiques, tandis que les autorités justifient ces mesures par la nécessité de « préserver la stabilité nationale ».



