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Niger : après l’affaire CFPD-Domol Leydi, les questions qui attendent encore des réponses

Ce qu’il faut retenir du dossier CFPD-Domol Leydi

Au Niger, la controverse entourant le Commandement des Forces de Protection et de Développement (CFPD) et les organisations communautaires d’autodéfense « Domol Leydi » continue de susciter des interrogations. Alors que les autorités présentent ces dispositifs comme des instruments de sécurisation, des zones d’ombre persistent sur leur financement, leur chaîne de commandement et l’usage réel des ressources mobilisées. Retour sur les faits saillants et les perspectives.

Un décret fondateur et un mécanisme financier contesté

Le décret n°2024-309/P/CNSP/MDN du 9 mai 2024 a institué le CFPD, une structure dédiée à la protection des sites miniers et pétroliers, des infrastructures stratégiques et des corridors de développement. Ce texte prévoit un financement adossé à des contrats entre l’État et les sociétés, avec une Prime Unique d’Astreinte dont le seuil minimal est fixé à 12 000 FCFA par homme et par jour.

Des projections financières qui interrogent

Sur la base d’un effectif théorique de 5 000 hommes, ce mécanisme pourrait générer près de 60 millions de FCFA par jour, soit environ 1,8 milliard par mois et 21,9 milliards sur une année. Toutefois, ces montants relèvent d’une estimation et non d’une preuve de versements effectifs. La question centrale demeure : combien a réellement été décaissé, pour combien d’hommes et pour quelles missions ?

Les tensions au sommet de l’État et leurs répercussions

Des informations évoquent des divergences entre pôles du pouvoir concernant la mise en œuvre des dispositions financières du CFPD. Une instruction attribuée au président Tiani visant à ne pas appliquer certaines clauses n’a pas été confirmée par des documents publics. Si elle s’avérait exacte, cela poserait une question institutionnelle majeure sur la capacité d’un dispositif créé par décret à fonctionner lorsque ses ressources sont entravées.

Le ministère des Finances au cœur des enjeux

Le conflit supposé met en lumière l’articulation entre la Défense, qui cherche à disposer des moyens nécessaires, et les Finances, chargées de contrôler les ressources publiques. Au-dessus, l’autorité politique arbitre. Dans un système centralisé, contrôler les ressources revient à contrôler la capacité opérationnelle. La répartition des leviers entre Défense, Finances et Primature devient donc stratégique.

Changements institutionnels et perspectives

En janvier 2026, Lamine Zeine a perdu le portefeuille de l’Économie et des Finances tout en conservant la Primature. Ce remaniement modifie la répartition des pouvoirs sans nécessairement altérer l’équilibre politique global. Des rumeurs non confirmées évoquent une possible prise de tête du gouvernement par le général Mody, avec cumul de la Défense. Si elle se vérifiait, cette évolution concentrerait entre les mêmes mains deux leviers majeurs de la puissance d’État.

L’arrivée des Domol Leydi et les questions de frontières

Fin 2025, une ordonnance sur la mobilisation générale a introduit les organisations communautaires d’autodéfense « Domol Leydi », placées sous le contrôle des Forces de défense et de sécurité. Cette initiative soulève une interrogation : pourquoi multiplier les structures alors qu’un commandement spécialisé comme le CFPD existe déjà ? Les missions diffèrent, mais les deux dispositifs se rejoignent sur les hommes, la sécurité et les ressources. La clarification de la chaîne de commandement devient essentielle.

Le mystère des effectifs et des contrats

Le mécanisme financier du CFPD étant indexé sur les effectifs réalisés, la question du nombre exact d’hommes déployés devient cruciale. Les documents administratifs états d’effectifs, ordres de mission, contrats de sécurisation, ordres de paiement permettront de reconstituer la réalité financière. De même, l’identité des entreprises contractantes, les montants convenus et les prestations effectives restent à documenter. C’est à ce prix que l’on saura si l’affaire relève d’un simple dysfonctionnement ou d’un problème plus grave.

Quand la sécurité devient un enjeu de pouvoir

Le dossier CFPD-Domol Leydi touche à la structure même du pouvoir. Plusieurs leviers se croisent : la Défense supervise l’opérationnel, les Finances gèrent les ressources, la Primature coordonne, la Présidence arbitre. Cette concentration rend toute opacité préoccupante. La notion de haute trahison, souvent évoquée, ne peut être traitée à la légère. Le droit nigérien l’associe à des atteintes graves aux intérêts fondamentaux de l’État. L’enjeu n’est pas de qualifier les faits, mais de déterminer, preuves à l’appui, si des responsables ont sciemment détourné ou paralysé un dispositif stratégique.

Les chiffres parleront plus que les discours

Pour lever le voile, il faudra comparer les effectifs annoncés aux effectifs réels, les missions prévues aux missions exécutées, les montants théoriques aux paiements effectués, les contrats signés aux prestations fournies. Seule cette confrontation permettra d’établir l’ampleur du dossier. La question qui reste : qui contrôle l’argent, les contrats, les effectifs et les prestations ? Qui peut bloquer ou débloquer les ressources ? Et qui rend compte de leur utilisation ? C’est là que se situe le véritable nœud de l’affaire. Si des intérêts particuliers ont primé sur l’intérêt général, la question dépasserait le simple bras de fer pour devenir une affaire d’État.

Par Mariam Sidibé — Analyste

Mariam Sidibé
Analyste