Une décision qui rebat les cartes pour le général François Olenga
Après neuf longues années passées sous le coup de sanctions financières américaines, le général quatre étoiles à la retraite François Olenga peut à nouveau respirer. Non seulement il lui est désormais permis de traiter avec des ressortissants américains, mais son complexe touristique Safari Beach, situé à la N’sele, est lui aussi autorisé à accueillir des clients venus des États-Unis.
« Le Département du Trésor des États-Unis m’a officiellement notifié la décision de l’OFAC de retirer le Général François Olenga Tete et Safari Club de la liste américaine des sanctions », a annoncé son conseil, Me Aimé Kilolo Musamba, dans un communiqué daté du 23 septembre et transmis ce vendredi 25 septembre.
Un long bras de fer juridique enfin soldé
Dans ce document, l’avocat revient sur le chemin parcouru : « Cette décision marque l’aboutissement de plus de neuf années de travail, de démarches et de plaidoyer, qui m’ont notamment conduit à plusieurs reprises à Washington pour défendre ce dossier auprès des institutions américaines. J’ai toujours soutenu que les éléments du dossier ne justifiaient pas le maintien de ces sanctions contre mon client. Aujourd’hui, cette longue procédure aboutit. »
Me Kilolo y voit la preuve qu’un avocat africain peut porter une défense au plus haut niveau international, affronter les arcanes juridiques des grandes puissances et faire valoir les arguments de son client. Pour lui, cette expérience doit servir à tous les Congolais.
Vers une souveraineté juridique de la RDC en matière de sanctions ?
L’avocat plaide pour que la République démocratique du Congo sorte de sa léthargie face aux sanctions internationales. Alors que des crimes internationaux continuent d’être commis, notamment dans l’Est du pays, il estime que la RDC ne peut plus se contenter d’attendre que les sanctions individuelles et financières proviennent presque exclusivement des États-Unis ou de l’Union européenne.
« Notre pays, la RDC, doit se doter d’un cadre législatif national permettant à ses propres institutions d’adopter, dans le respect de l’État de droit et des droits de la défense, des sanctions ciblées contre les personnes et entités impliquées dans les crimes internationaux commis sur son territoire. La souveraineté, c’est aussi la capacité d’un État à mettre lui-même en œuvre les instruments juridiques nécessaires à la défense de sa population et de ses intérêts fondamentaux. Le droit n’a pas de frontière lorsque la défense est portée avec compétence, constance et détermination. Mais la justice internationale ne doit pas davantage être une responsabilité que le Congo abandonne aux autres », fait observer l’avocat depuis Bruxelles où il séjourne.
Retour sur neuf ans de sanctions
Pour mémoire, c’est en juin 2017, alors qu’il commandait la garde rapprochée de l’ancien président Joseph Kabila, que le général François Olenga avait été inscrit sur la liste noire financière de Washington. Ses avoirs avaient été gelés et il lui était interdit de voyager vers les États-Unis.
L’Administration américaine lui reprochait des entraves au processus démocratique dans le pays, plongé dans une crise depuis le maintien au pouvoir de Joseph Kabila après l’expiration de son mandat en décembre 2016.
« Sous son contrôle, la Garde républicaine aurait harcelé des opposants politiques, procédé à des arrestations et exécutions arbitraires et entravé l’action des observateurs de l’ONU », détaillait alors le Trésor américain dans un communiqué.
Depuis cette inscription, le général Olenga voyait non seulement ses éventuels avoirs aux États-Unis gelés, mais il ne pouvait plus nouer de relations d’affaires avec des entités ou individus américains. Une mesure qui avait également frappé son prestigieux complexe touristique Safari Beach, situé à la N’sele.



