Sous l’impulsion de Reporters sans frontières (RSF), un collectif regroupant près de trente organisations de défense des droits humains et des médias a publié une lettre ouverte. Ce message, adressé aux dirigeants du Mali et du Burkina Faso ainsi qu’aux instances internationales, exige l’arrêt immédiat des violations répétées de la liberté d’informer dans ces deux nations sahéliennes.
L’objectif de cette démarche est clair : mettre un terme aux intimidations et aux pressions qui pèsent sur les journalistes, qu’ils soient locaux ou envoyés spéciaux. Les signataires rappellent aux autorités leurs obligations internationales, notamment le respect de la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples.
« Cette mobilisation solidaire souligne l’urgence de garantir un environnement sécurisé pour les médias au Mali et au Burkina Faso. À l’heure où l’on célèbre la liberté de la presse, les gouvernements doivent agir pour que chaque journaliste puisse travailler sans craindre de représailles », souligne Sadibou Marong, responsable du bureau Afrique subsaharienne de RSF.
Un déclin alarmant dans les classements mondiaux
Le constat est sans appel : le Burkina Faso et le Mali reculent significativement dans le dernier Classement mondial de la liberté de la presse. Le Burkina Faso se situe désormais au 58e rang, tandis que le Mali chute à la 113e place sur 180 pays évalués.
Des entraves multiples à l’exercice du journalisme
Au Burkina Faso, les signaux d’alerte s’accumulent : suspension des chaînes RFI et France 24, expulsion des envoyés de Libération et du journal Le Monde. Ces décisions restreignent drastiquement l’accès des citoyens à une information diversifiée. La situation n’est guère plus reluisante au Mali, où la Maison de la presse de Bamako a subi des dégradations en février dernier.
Plusieurs figures médiatiques et d’opinion ont également été ciblées. Mohamed Youssouf Bathily, dit Ras Bath, a été incarcéré après avoir critiqué les circonstances du décès d’un ancien Premier ministre. De même, Rokia Doumbia a été arrêtée pour ses prises de position sur la vie chère, tandis que le journaliste Aliou Touré a été victime d’un enlèvement temporaire par des individus masqués.
Les médias internationaux ne sont pas les seuls touchés. Au Mali, la chaîne Joliba TV a subi une suspension après un éditorial critique. Parallèlement, des « influenceurs » pro-régime multiplient les menaces de mort et la diffusion de fausses informations sur les réseaux sociaux, instaurant ce que certains observateurs qualifient de régime de terreur numérique.
Le journalisme face au défi sécuritaire
Si les acteurs de l’information reconnaissent la gravité de la crise sécuritaire et souhaitent le retour de la paix, ils refusent que la lutte contre le terrorisme serve de prétexte à la censure. Le Conseil supérieur de la communication (CSC) au Burkina Faso a lui-même exprimé son inquiétude face à la récurrence des menaces visant les médias.
Volker Türk, haut-commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, ainsi qu’Alioune Tine, expert indépendant de l’ONU, ont tous deux alerté sur le rétrécissement préoccupant de l’espace civique et de la liberté d’expression dans la région.
Les revendications des signataires
Le collectif exhorte les gouvernements à :
- Abroger les mesures restreignant la liberté de la presse.
- Assurer une protection réelle des journalistes face aux menaces de mort.
- Lancer des enquêtes indépendantes sur les agressions et harcèlements subis par les professionnels des médias.
- Honorer les traités internationaux relatifs aux droits civils et politiques.
Liste des organisations signataires
1. AfrikaJom Center
2. Association des Journalistes du Burkina Faso (AJB)
3. Association des Professionnels de la Presse en Ligne (APPEL Sénégal)
4. Cellule Norbert Zongo pour le Journalisme d’Investigation (CENOZO)
5. Centre National de la Presse Norbert Zongo (CNP-NZ Burkina Faso)
6. Courrier confidentiel (Burkina Faso)
7. Fédération des Journalistes Africains (FAJ)
8. Fédération Internationale des Journalistes (FIJ)
9. Fédération Internationale pour les Droits de l’Homme (FIDH)
10. France 24 (France)
11. Fondation des médias pour l’Afrique de l’Ouest (MFWA)
12. Human Rights Watch (HRW)
13. International Press Institute (IPI)
14. Jeune Afrique (France)
15. Joliba TV News (Mali)
16. Le Pays (Burkina Faso)
17. Le Monde (France)
18. Lefaso.net (Burkina Faso)
19. Le Reporter (Burkina Faso)
20. L’Événement (Burkina Faso)
21. Libération (France)
22. L’Observateur Paalga (Burkina Faso)
23. Radio France Internationale (France)
24. Reporters sans frontières (RSF)
25. Société des Editeurs de la Presse Privée du Burkina Faso (SEP)
26. Omega Médias (Burkina Faso)
27. Union Internationale de la Presse Francophone (UPF)
28. Union des Journalistes d’Afrique de l’Ouest (UJAO)
29. 24heures.bf (Burkina Faso)
30. Wakat Sera (Burkina Faso)



