Martinez Zogo : les images choc qui secouent le Cameroun
Les débats au Tribunal militaire de Yaoundé ont pris une tournure exceptionnelle les 1er et 2 juin. Pour la première fois, des vidéos des derniers instants de Martinez Zogo, journaliste camerounais disparu dans des circonstances tragiques, ont été projetées à l’écran. Des images insoutenables qui ont bouleversé l’assistance et marqué durablement les esprits.
Une salle sous le choc
Le 1er juin, lorsque les images ont été diffusées, un silence pesant s’est installé dans la salle d’audience du tribunal militaire de Yaoundé. Le corps de Martinez Zogo, couvert de sang, apparaît à l’écran. Affaibli, il implore de l’aide à plusieurs reprises. Les marques de violence sont visibles, et l’émotion gagne rapidement l’ensemble des personnes présentes.
L’audience a dû être suspendue en urgence. « C’est d’une violence inouïe. Je ne suis pas le seul à ressentir cette émotion intense », confie un avocat sous le coup de l’événement. Le lendemain, le procès reprend dans une atmosphère toujours aussi tendue. Les visages sont fermés, les regards marqués par les images de la veille.
Ces vidéos, issues du compte Google d’un ancien agent de la DGRE, le maréchal des logis Godje Oumarou Vincent, ont révélé des détails accablants. Georges Bell Bitjoka, expert en cybercriminalité, a joué un rôle clé dans leur découverte et leur analyse.
Un rapport accablant
Georges Bell Bitjoka a présenté un rapport technique qui éclaire d’un jour nouveau les derniers échanges du journaliste. Maître Calvin Job, avocat de la famille Zogo, salue « un travail minutieux et technique qui remet en cause toutes les versions précédentes ». Selon lui, « si ce rapport est pris en compte par le tribunal, il constituera déjà une avancée majeure dans la recherche de la vérité ».
Pourtant, une question persiste : qui a ordonné l’enlèvement et la torture du journaliste ? Aucun commanditaire n’a été formellement identifié à ce stade. Les débats se poursuivent, et les zones d’ombre restent nombreuses.
Des zones d’ombre persistantes
L’expert a révélé une augmentation significative des échanges entre l’homme d’affaires Jean-Pierre Amougou Belinga et Justin Danwe entre le 18 et le 28 janvier — soit juste après l’enlèvement de Martinez Zogo et avant la découverte de son corps. Plusieurs rencontres en personne ont également été évoquées, mais des données ont été supprimées, laissant planer un doute persistant.
Paul Chouta, proche du dossier, estime que « cela laisse un goût d’inachevé ». Les avocats de la famille Zogo ont demandé une expertise complémentaire pour tenter de récupérer ces données effacées. Une requête qui pourrait permettre de lever une partie du voile sur cette affaire complexe.
Le procès a été reporté aux 22 et 23 juin, laissant le temps aux différentes parties de préparer leurs arguments. Une chose est sûre : ces images ont bouleversé le Cameroun et relancé la quête de justice pour Martinez Zogo.



