Analyses

Maroc 2060 : une démographie en pleine mutation, entre croissance et vieillissement

Les dernières projections démographiques du Haut-commissariat au plan (HCP) révèlent une transformation profonde de la structure de la population marocaine d’ici 2060. Ces prévisions, basées sur plusieurs scénarios d’évolution de la fécondité, de la mortalité et des migrations, dessinent un Maroc dont la croissance démographique ralentit tandis que le vieillissement s’accélère.

Graphique montrant l'évolution de la population marocaine entre 2024 et 2060

Une croissance démographique modérée, mais une population en hausse

Selon le scénario moyen retenu par le HCP, la population marocaine passerait de 36,8 millions d’habitants en 2024 à 43,3 millions en 2060, soit une augmentation de 17,8 % en 36 ans. Ce scénario table sur un accroissement annuel moyen de 182 000 personnes, avec un taux de croissance passant de 0,7 % en 2024 à une quasi-stagnation d’ici 2060.

L’urbanisation s’intensifie : trois Marocains sur quatre vivront en ville

La population urbaine devrait atteindre 32,5 millions de personnes en 2060, représentant près de 75 % de la population totale. À l’inverse, la population rurale diminuerait à environ 10,8 millions d’habitants. Cette transition soulève des enjeux majeurs en matière d’aménagement urbain, de logements et de services publics, nécessitant une planification stratégique pour éviter les déséquilibres territoriaux.

Le HCP alerte : « Cette évolution accentuera les défis liés à l’urbanisation », insistant sur la nécessité de renforcer le développement rural pour retenir les jeunes et valoriser les ressources locales.

Moins de naissances, des classes moins peuplées

La baisse de la fécondité entraînerait une réduction significative des effectifs chez les jeunes. Ainsi, la population préscolaire (4-5 ans) diminuerait de 23,8 %, passant de 1,25 million à 0,96 million. Les effectifs scolarisables au primaire (6-11 ans) reculeraient de 27 %, de 4,16 millions à 3,04 millions, tandis que ceux du premier cycle du fondamental (12-14 ans) baisseraient de 22,9 %.

Cette contraction des effectifs offre une opportunité pour réorienter les ressources vers la qualité de l’enseignement plutôt que vers la construction de nouvelles infrastructures éducatives.

Illustration des effectifs scolaires au Maroc en 2060

Un marché du travail sous tension

La population en âge d’activité (15-59 ans) augmenterait de 13,1 %, passant de 22,08 millions à 24,96 millions. Cette hausse serait inégalement répartie : +34,4 % en milieu urbain (14,2 à 19,1 millions) contre -25,4 % en milieu rural (7,9 à 5,9 millions). Le HCP met en garde contre une pression accrue sur le marché du travail urbain, notamment pour absorber l’exode rural.

Les jeunes de 18 à 24 ans, principaux nouveaux entrants sur le marché, verraient leurs effectifs légèrement reculer (-3,1 %), avec une hausse urbaine (+11,3 %) et un déclin rural marqué (-28,3 %).

Le vieillissement démographique s’accélère : un Maroc sur quatre aura plus de 60 ans

Les personnes âgées de 60 ans et plus passeraient de 5 millions en 2024 à 10,9 millions en 2060, représentant 25,2 % de la population totale contre 13,6 % aujourd’hui. Cette progression serait particulièrement marquée en ville (+152 %), où les effectifs tripleraient, contre +56 % en milieu rural.

Le HCP souligne deux facteurs clés : les migrations internes vers les villes et une surmortalité plus importante en milieu rural. Les effectifs des 70 ans et plus tripleraient, passant de 2,06 millions à 6,3 millions, avec une hausse urbaine de 256 % contre +130 % en campagne.

Graphique illustrant le vieillissement de la population marocaine d'ici 2060

Des défis majeurs pour les politiques publiques

Le HCP insiste sur l’urgence d’anticiper les conséquences de ce vieillissement accéléré. Le rapport de dépendance augmentera, posant des défis en matière de financement des retraites, de santé et de solidarités intergénérationnelles. L’institution rappelle que cette tendance est « structurelle et durable », quels que soient les scénarios retenus.

« Le Maroc doit préparer dès maintenant des politiques publiques adaptées pour accompagner cette mutation. »

Entre croissance modérée, exode rural et vieillissement, le Maroc de 2060 s’annonce radicalement différent. Une transformation qui appelle à une vision stratégique pour préserver l’équilibre social et économique du pays.