Sous l’impulsion du Comité de crise de la société civile pour la paix et la sécurité (CCPS-RDC), les forces vives de la nation ont officiellement lancé, ce vendredi à Kinshasa, le Manifeste citoyen. Ce document, appelé Manifeste de Kasangulu, se veut une feuille de route pour la refondation et le redressement de la République démocratique du Congo. Selon les organisateurs, il représente une réponse collective aux défis politiques, sécuritaires, économiques, sociaux et institutionnels que traverse le pays.
Fruit d’un processus participatif impliquant des représentants de plusieurs provinces, le Manifeste propose une vision commune de transformation nationale. Celle-ci repose sur la gouvernance responsable, la paix, la sécurité, la justice sociale, la participation citoyenne, l’éducation, la santé, le développement économique, la protection de l’environnement et le renforcement de l’État de droit.
La cérémonie a été ouverte par Mme Sylvie Nakweti, directrice de la Communication, du Plaidoyer et de la Documentation de la DYCOD-RDC, qui a salué l’engagement des organisations de la société civile dans cette dynamique de renaissance nationale. Le professeur Iyoka Jean Bedel a ensuite souligné que le Manifeste citoyen est le résultat d’une démarche inclusive et pédagogique visant à offrir au pays une base de réflexion et d’action pour sa reconstruction.
« Le Manifeste citoyen est le fruit d’une démarche pédagogique et inclusive visant à doter la République démocratique du Congo d’une base de réflexion et d’action pour sa renaissance. »
La présentation officielle du document a été assurée par Me Patient Bashombe Matabishi, coordonnateur du CCPS-RDC. Il a insisté sur la portée historique de l’initiative, expliquant que le pays traverse une crise profonde qui nécessite une mobilisation nationale. « Nous avons lancé aujourd’hui le Manifeste citoyen, dit Manifeste de Kasangulu, parce que c’est à Kasangulu que les travaux de la commission chargée de son élaboration se sont déroulés. Ce manifeste présente la vision de la société civile pour le redressement du Congo », a-t-il déclaré.
Me Patient Bashombe Matabishi a également souligné le caractère symbolique de la date du lancement, à quelques jours de la célébration de l’indépendance nationale. « Le choix de la date est hautement symbolique, puisqu’il intervient à la veille du 30 juin. Nous avons voulu participer au débat national et sensibiliser chaque Congolais à sa responsabilité face à l’histoire », a-t-il ajouté.
M. Daie Mutombe Pierrot, président des Onusiens congolais, a présenté le courant idéologique qui accompagnera la vulgarisation du Manifeste : la Révolution démocratique citoyenne, portée par le courant BLOC-RDC. Ce mouvement vise à promouvoir la citoyenneté active, la bonne gouvernance et la souveraineté nationale. À cette occasion, Me Patient Bashombe Matabishi a été plébiscité à la présidence du BLOC-RDC, et le professeur Iyoka Jean Bedel désigné secrétaire général.
Interrogé sur le débat autour d’une éventuelle révision constitutionnelle, le coordonnateur du CCPS-RDC a rappelé la position de la société civile, insistant sur la nécessité d’un large consensus concernant les dispositions constitutionnelles verrouillées. « La révision est prévue par la Constitution elle-même. Cependant, toute démarche qui ne prendrait pas en compte l’ensemble des provinces et qui ne contribuerait pas au renforcement de l’unité nationale pourrait conduire à une implosion. Pour nous, la Constitution demeure l’outil fondamental de la cohésion nationale », a-t-il affirmé.
« Ces dispositions ont été verrouillées par voie de consensus et non par voie électorale. En droit, le principe du parallélisme des formes signifie que seul un consensus peut remettre en cause un consensus. Dans cette dynamique, nous souhaitons faire du Manifeste citoyen un texte fondateur des futures orientations du pays. »
La rencontre a réuni près de 200 organisations de la société civile, des représentants communautaires, universitaires, syndicalistes, avocats, médecins, entrepreneurs, organisations de jeunesse, mouvements de femmes, défenseurs des droits humains et leaders locaux. Les participants ont salué la qualité du document et recommandé une vaste campagne nationale de vulgarisation pour favoriser son appropriation sur tout le territoire et au sein de la diaspora congolaise.
En clôturant les travaux, le CCPS-RDC a invité toutes les composantes de la nation à s’approprier le Manifeste citoyen comme une contribution majeure à la refondation de l’État, à la consolidation de la paix et à la construction d’un avenir plus juste et plus démocratique pour la RDC.
Cette initiative intervient dans un contexte marqué par l’agression rwandaise via la rébellion de l’AFC/M23, soutenue par le Rwanda, ainsi que par l’activisme des groupes armés locaux et étrangers. La crise humanitaire s’aggrave avec un nombre croissant de déplacés internes et de réfugiés, dans un contexte de réduction des financements internationaux et de poursuite des hostilités dans l’est du pays. Par ailleurs, le débat sur la réforme constitutionnelle a donné naissance à deux dynamiques : la Coalition Article 64 pour la défense de l’ordre constitutionnel (C64) et la Coalition des Congolais pour le changement de la Constitution (C4), chacune revendiquant le soutien populaire.



