Un constat accablant : les violations des droits humains persistent après le départ de Wagner
Depuis le remplacement progressif des forces de Wagner par Africa Corps dans la lutte contre les groupes armés au Mali, les exactions contre les populations civiles ne cessent de se multiplier. Selon des rapports récents, meurtres, tortures, disparitions forcées et absence totale de poursuites persistent, plongeant les familles dans une insécurité chronique. Les autorités maliennes, malgré leurs engagements, peinent à instaurer un cadre judiciaire efficace pour mettre fin à ces violences qui s’étendent désormais dans plusieurs régions clés comme Ségou, Mopti ou Tombouctou.
Les civils, pris au piège entre les opérations militaires et l’impunité généralisée, subissent les conséquences d’une stratégie sécuritaire qui semble reproduire, sous un nouveau visage, les mêmes schémas de violences systématiques. L’affirmation d’une rupture avec le passé se heurte à la réalité des faits : les mécanismes de contrôle et les sanctions restent notoirement insuffisants pour endiguer ces abus.
Des opérations militaires meurtrières et des victimes invisibles
Entre juin 2023 et décembre 2025, au moins 34 civils ont été tués lors d’opérations menées aux côtés des Forces armées maliennes (FAMa) dans sept localités frontalières avec la Mauritanie. Des témoignages recueillis sur place révèlent des scènes d’horreur : des exécutions sommaires après des arrestations, des égorgements, ou encore des civils brûlés vifs. Ces actes, s’ils étaient confirmés, pourraient constituer des crimes de guerre, car le droit international humanitaire exige une distinction claire entre combattants et non-combattants, interdite toute attaque contre les personnes ne participant pas aux hostilités.
Les frappes aériennes, censées cibler les groupes armés, frappent souvent des zones civiles sans discernement. En mars 2025, un drone a ainsi tué 16 personnes sur le marché d’Edejir, tandis qu’en novembre de la même année, une frappe contre une habitation à Tangata a fait sept morts. Aucune preuve n’a été trouvée quant à la présence de combattants ou d’objectifs militaires sur ces sites, soulevant de graves questions sur la prudence des forces engagées et l’absence de responsabilité claire.
Les méthodes de torture : un outil de répression systématique
Amnesty International dénonce également les pratiques de torture et de détention arbitraire qui se multiplient, notamment dans les centres de Léré et Nampala. Quinze survivants ont témoigné avoir subi des suspensions par les bras, des simulations de noyade, des électrocutions, ou encore des violences sexuelles. Au moins cinq personnes seraient mortes sous la torture ou à cause des conditions de détention insalubres, tandis que d’autres moisiraient en prison sans accès à un avocat ni à leur famille.
Les récits des victimes révèlent une collaboration douteuse entre militaires maliens et mercenaires russes ou ex-Wagner, certains soldats participant activement aux interrogatoires sans entraver les exactions. L’absence d’enquêtes indépendantes empêche d’établir les responsabilités individuelles et hiérarchiques, laissant les familles dans l’ignorance et le désespoir.
Des communautés ciblées et une impunité qui se poursuit
Les communautés peules, arabes et touarègues paient un lourd tribut dans ce contexte de violence. Suspectées de complicité avec des groupes armés comme le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM), elles subissent des arrestations arbitraires, des pillages de bétail, de biens ou de terres, ainsi que des destructions de propriétés. Ces pratiques, qui s’ajoutent aux déplacements forcés et à la perturbation des activités agricoles, aggravent une crise humanitaire déjà bien réelle.
Pire encore, l’absence de sanctions contre les auteurs de ces exactions renforce un sentiment d’impunité généralisée. Depuis 2023, aucune procédure judiciaire n’a été engagée contre des membres des forces gouvernementales pour des violences envers des civils. Cette carence décourage les témoignages et complique la documentation des abus, tout en alimentant un climat de peur propice aux représailles.
Africa Corps et Moscou : quelle responsabilité pour les nouvelles violences ?
Africa Corps, officiellement déployé sous contrôle russe depuis janvier 2025, a pris le relais de Wagner en juin de la même année. Pourtant, les craintes se confirment : de nouvelles allégations émergent, comme celle de Bombori en juillet 2026, où environ 80 hommes peuls auraient été rassemblés, battus et interrogés sur les activités des groupes armés. Six personnes tentant de fuir ont été abattues, et trois autres exécutées. Ces actes soulèvent des interrogations sur le rôle exact de Moscou dans ces opérations et sur la responsabilité des autorités maliennes lors des missions conjointes.
L’absence de transparence sur les accords passés entre Bamako et Africa Corps, ainsi que le contrôle limité des opérations, alimentent les soupçons d’un prolongement des pratiques répréhensibles sous un nouvel habit. Les civils payent le prix fort, tandis que les autorités peinent à garantir la protection à laquelle ils ont droit.
Quelles solutions pour briser le cycle de l’impunité ?
Face à cette situation alarmante, des voix s’élèvent pour exiger une refonte urgente des mécanismes de contrôle et une application stricte du droit international humanitaire. Les victimes réclament des enquêtes indépendantes, des poursuites contre les responsables présumés et un accès inconditionnel à la justice. La communauté internationale, quant à elle, est appelée à exercer une pression diplomatique pour garantir le respect des droits humains et la transparence des accords sécuritaires.
La lutte contre les groupes armés ne peut en effet se faire au détriment des populations civiles. Toute exaction doit faire l’objet d’une enquête impartiale, et ses auteurs doivent répondre de leurs actes devant la justice. Sans cela, le cycle des violences ne fera que s’aggraver, condamnant le Mali à une insécurité durable et à une crise humanitaire sans fin.



