Un comité de crise devenu machine à dettes : le coût exorbitant des réunions sans issue
À Niamey, sous les lambris de la Primature, le Comité national de gestion de la crise pétrolière s’est transformé en gouffre financier. Les révélations sur la réunion du 12 octobre 2026, présidée par le Premier ministre Ali Mahaman Lamine Zeine, dévoilent un système où l’enjeu n’était plus la relance du secteur, mais la survie d’un comité aux méthodes douteuses.
Selon un haut responsable toujours en poste, mais dont l’anonymat a été requis, « huit réunions ont abouti à un échec total, et les neuf suivantes n’ont fait qu’aggraver la situation ». Entre septembre 2025 et octobre suivant, chaque rencontre s’est soldée par de nouvelles dépenses pour la SORAZ, passée sous silence : 12 millions de FCFA par session en indemnités, des dizaines de millions engloutis sans contrepartie tangible.
Le refus catégorique de la SORAZ de payer cette dernière note a provoqué un tollé. « C’était la dixième réunion, la troisième dirigée par le chef du gouvernement. À chaque fois, nous financions ce comité sans obtenir la moindre solution. Aujourd’hui, nous disons stop », a confié notre source. Pire encore, des clauses secrètes autoriseraient le prolongement arbitraire de ce comité, sous couvert de « persistance des tensions » dans un secteur déjà malade.
La SONIDEP et ses 418 milliards FCFA : un trou noir pour l’économie nigérienne
Au cœur du scandale : une dette de 418 milliards FCFA, contractée par la SONIDEP envers la SORAZ. Lors de la réunion du 12 octobre, aucun bilan certifié n’a été présenté. « Ils sont arrivés avec des articles de presse et des approximations, pas avec des états financiers », s’indigne notre témoin.
L’origine de ces liquidités reste floue. Notre enquête révèle une répartition inquiétante :
- 70 % du montant auraient été directement prélevés sur les comptes de la SONIDEP, en liquide pour partie, et acheminés vers le Palais présidentiel.
- 18 % serviraient à financer les forces armées.
- 12 % correspondraient à des créances croisées avec NIGELEC, la société d’électricité.
Face à l’impossibilité de justifier ces fonds, une stratégie d’effacement de la dette aurait été actée en catimini. Mais à quel prix ?
Des pénalités gonflées pour masquer l’irremboursable
Pour combler le trou des 418 milliards FCFA, le comité aurait engagé une manœuvre audacieuse : la fabrication de pénalités artificielles à l’encontre de la SORAZ. Un mécanisme diabolique.
Entre 2025 et 2026, les pénalités réclamées à la raffinerie sont passées de 6 à 76 milliards FCFA. Mais le calcul ne s’arrête pas là. Les créances croisées entre l’État, la SONIDEP, NIGELEC, la SORAZ et le partenaire chinois CNPC serviraient de prétexte pour imputer à la raffinerie des pénalités records, estimées entre 200 et 400 milliards FCFA.
« L’objectif est transparent : transformer une dette réelle en dettes fictives. En inventant de nouvelles obligations pour la SORAZ, on efface les 418 milliards non remboursables par la SONIDEP », explique notre informateur.
Production sabotée et marché asphyxié : le quotidien des nigériens sous tension
La gestion calamiteuse de ce dossier a des conséquences directes sur le terrain. Officiellement, la SORAZ devait produire 20 000 barils par jour. En réalité, la chère pompe de Zinder ne dépasse plus 12 000 barils.
Selon notre source, cette chute s’explique par des interventions externes : « Des techniciens algériens, mandatés par les autorités nigériennes, ont manipulé les vannes de la raffinerie. » Résultat : des surchauffes critiques, des risques pour le personnel, et un arrêt prolongé de la grande maintenance, repoussée à mai 2027.
Pénurie de carburant : où passe le surplus théorique ?
Le paradoxe est saisissant. Avec une production de 12 000 barils et une consommation nationale de 11 000 barils, le marché nigérien devrait dégager un excédent de 1 000 barils par jour.
Pourtant, les étals sont vides. L’opacité règne sur les flux : traçabilité défaillante entre Zinder et le corridor algérien, conventions floues avec la raffinerie d’Ader, et absence totale de transparence sur les volumes exportés ou détournés. « Personne ne sait où part l’argent, ni où va le pétrole. Les réseaux parallèles prospèrent dans cette obscurité », confie notre contact.
Une gouvernance pétrolière en lambeaux : qui paiera le prix final ?
Ces révélations plongent le secteur dans un chaos sans précédent. Les citoyens subissent déjà les pénuries et les coupures. Les entreprises, elles, voient leur compétitivité s’effriter. Quant à l’État, il s’enfonce dans une spirale de dettes et d’opacité.
Face aux accusations, ni la Primature ni la SONIDEP n’ont réagi. Une chose est sûre : le Niger paiera cher les errements d’un comité devenu un gouffre financier. Le vrai scandale n’est plus seulement pétrolier, mais bel et bien économique et social.



