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Le retrait précipité d’africa corps à molodo fausse-t-il l’avenir sécuritaire du Mali ?

Et si le coup de feu tiré près de Molodo, ce 20 septembre 2026, avait scellé le sort d’un partenariat aussi coûteux que stérile ? Entre les blindés russes abandonnés sur une piste oubliée et les révélations accablantes sur les méthodes d’une milice privée, l’embuscade qui a frappé une patrouille conjointe des Forces armées maliennes (FAMa) et de l’Africa Corps a ébranlé bien plus que des véhicules. Elle a ébranlé le récit d’une junte militaire en quête désespérée de légitimité. Que reste-t-il du pari russe, quatre ans après son lancement, quand les « instructeurs » de Moscou fuient sans combattre et laissent derrière eux trois épaves aux mains des djihadistes ?

Une embuscade de cinq minutes et un symbole de défaite

La route entre Diabali et Niono, dans la région de Ségou, n’est pas une autoroute de l’Histoire. C’est une piste poussiéreuse, surveillée ou non, selon les communiqués triomphalistes de Bamako. Pourtant, c’est ici, dans ce décor aride et sans gloire, qu’une embuscade tendue par le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM) a réduit à néant des mois de propagande officielle. En quelques minutes, une patrouille mixte — militaires malien et mercenaires de l’Africa Corps — a été décimée par des tirs précis. Le résultat ? Trois véhicules tout-terrain, marqués du triangle emblématique de la milice russe, abandonnés à l’ennemi, exposés comme un trophée de guerre.

Ces images, aussi humiliantes que symboliques, ont rapidement fait le tour des réseaux sociaux et des villages alentour. Elles prouvent une réalité brutale : sur le terrain malien, l’Africa Corps n’est ni une force de frappe invincible, ni un rempart contre l’insécurité. Pire, son repli précipité révèle une absence totale de stratégie, voire de courage. Les mercenaires russes, payés au prix fort par un État malien asphyxié économiquement, semblent avoir choisi de sauver leur peau plutôt que de tenir leurs promesses. Pour la junte d’Assimi Goïta, qui a bâti sa crédibilité sur la « souveraineté nationale » et la rupture avec l’Occident, cet échec n’est pas seulement tactique. C’est l’effondrement d’un dogme.

Le partenariat russe : un leurre stratégique et un gouffre économique

Quand Bamako a rompu avec la France et chassé Barkhane, puis poussé les casques bleus de la MINUSMA vers la sortie, la junte a vendu au peuple malien une utopie : l’alliance avec Moscou, présentée comme le seul moyen de recouvrer la sécurité et l’indépendance. Quatre ans plus tard, le bilan est accablant. Loin de pacifier le territoire, la présence russe a attisé les tensions, servi de catalyseur aux recrutements djihadistes et transformé des zones autrefois stables en foyers d’insécurité chronique.

Le coût de ce partenariat est exorbitant. Les fonds publics malien, déjà exsangues, sont engloutis dans des contrats opaques avec des sociétés minières liées au Kremlin en échange de « protection ». Pendant ce temps, les populations locales paient le prix fort : exactions commises par des forces qui devraient les protéger, blocus routiers, économie asphyxiée et une insécurité qui progresse, méthodique, vers la capitale. À Molodo, les véhicules abandonnés ne sont pas seulement des épaves de métal. Ils symbolisent l’échec d’un système où la survie du régime prime sur le bien-être du peuple.

Quand les mercenaires fuient, les populations trinquent

Sur le terrain, l’Africa Corps agit moins comme une armée de libération que comme une milice de protection rapprochée pour les généraux de Bamako. Les opérations conjointes avec les FAMa, marquées par des bavures répétées et des exactions contre les civils, ont creusé un fossé abyssal entre l’armée et les populations rurales. Les paysans, les éleveurs, les commerçants : tous se sentent trahis par un État qui a troqué leur sécurité contre des promesses non tenues et des alliances douteuses.

Le drame de Molodo illustre cette dynamique perverse. Face à un ennemi mobile, connaissant parfaitement le terrain et capable de frapper là où la junte se croit forte, les mercenaires russes n’ont offert aucune parade. Leur fuite a laissé derrière elle non seulement des véhicules, mais aussi un sentiment d’abandon et de trahison. Pour les Maliens, la question n’est plus de savoir si l’Africa Corps peut gagner la guerre. Elle est de savoir si Bamako a encore les moyens — ou la volonté — de protéger son peuple.

Une junte en quête de survivre, un pays au bord du gouffre

Face à ce désastre sécuritaire et économique, la réaction du régime est prévisible : museler toute contestation. La société civile est réduite au silence, la presse indépendante étouffée, et toute critique envers l’efficacité de l’allié russe est immédiatement qualifiée de trahison. Pourtant, la propagande ne peut rien contre la réalité du terrain. Les images des trois blindés abandonnés à Molodo circulent dans l’ombre et sur les réseaux, rappelant à tous que le partenariat avec Moscou est une impasse.

En s’enfermant dans une logique de survie individuelle, les dirigeants de Bamako ont sacrifié la souveraineté du Mali sur l’autel d’un soutien militaire extérieur aussi coûteux qu’inefficace. Sans stratégie politique, sans dialogue national et sans armée capable de tenir ses engagements, l’État malien se délite. Les groupes djihadistes, eux, gagnent du terrain. Les civils, eux, paient le prix de cette fuite en avant idéologique et militaire.

Le retrait précipité d’Africa Corps à Molodo n’est pas un simple revers tactique. C’est un avertissement. Un avertissement que le Mali, déjà exsangue, ne peut se permettre de continuer à jouer les apprentis sorciers avec sa sécurité et sa souveraineté. L’urgence n’est plus de savoir qui défend le pays, mais si le pays a encore les moyens de se défendre lui-même.

Quelles perspectives pour le Mali après l’échec d’Africa Corps ?

L’embuscade de Molodo a révélé une vérité inconvenante : l’Africa Corps n’est pas une solution, mais un symptôme. Un symptôme de l’incapacité de la junte à proposer une alternative crédible à l’insécurité qui ravage le pays. Face à cette impasse, trois pistes se dessinent, aussi difficiles qu’inévitables.

  • Un recentrage sur les forces locales : il est temps de réinvestir dans la formation et l’équipement des FAMa, en abandonnant la dépendance aux mercenaires étrangers. Une armée nationale, ancrée dans son territoire et soutenue par sa population, reste le seul rempart viable contre les groupes armés.
  • Un dialogue politique urgent : la crise sécuritaire est indissociable d’une crise de gouvernance. Sans réconciliation nationale et sans inclusion des communautés marginalisées, aucune solution militaire ne sera durable. La junte doit cesser de confondre résistance et isolation.
  • Une refonte de la diplomatie malienne : l’heure n’est plus aux alliances par défaut ou par rancœur. Le Mali doit retrouver une voix indépendante sur la scène internationale, capable de négocier des partenariats équilibrés au service de sa sécurité et de son développement.

Le Mali de 2026 n’a plus les moyens de se permettre des erreurs. L’échec d’Africa Corps à Molodo doit servir de leçon, pas de prétexte. Il est temps de tourner la page d’un récit sécuritaire en miettes et d’écrire celui d’une souveraineté retrouvée. Mais pour cela, il faudra plus que des communiqués triomphalistes. Il faudra du courage, de l’honnêteté et, surtout, une volonté sans faille de servir le peuple malien — et non l’inverse.

Ousmane Haïdara
Politique et sécurité