Le secteur du cacao au Cameroun a récemment franchi une étape notable. Au 7 juillet 2026, le kilogramme de fèves de cacao s’échangeait entre 2 500 et 2 600 FCFA dans les principaux bassins de production. Ce niveau représente le point culminant de la campagne cacaoyère 2025-2026. Ces données tarifaires, recueillies par le Système d’information des filières (SIF), l’outil de surveillance des prix de l’Office national du cacao et du café (ONCC), positionnent le prix payé aux producteurs à son plus haut niveau, à seulement huit jours de la clôture officielle de la saison, prévue pour le 15 juillet.
Un rebond tardif pour une campagne en demi-teinte
La tendance haussière observée depuis environ deux mois n’a pas suffi à satisfaire pleinement les planteurs durant la majeure partie de cette campagne. Il a fallu attendre le 22 juin 2026 pour que le prix du kilogramme dépasse la barre des 2 000 FCFA pour la première fois depuis le lancement de la saison, qui a débuté à Mbankomo le 7 août 2025. Ainsi, pendant plus de dix mois, les producteurs camerounais ont vendu leurs fèves à des tarifs inférieurs aux prévisions initiales.
Ce redressement de dernière minute ne parvient pas à dissiper le sentiment d’une opportunité manquée dans les régions productrices du Centre, du Sud-Ouest et du Littoral. Les 2 600 FCFA atteints en fin de campagne restent éloignés des sommets observés précédemment. Par exemple, lors de la saison 2024-2025, le prix des fèves avait atteint jusqu’à 5 400 FCFA le kilogramme dans certaines zones. L’année précédente, pendant la campagne 2023-2024, les cotations avaient même frôlé les 6 000 FCFA, un niveau historique qui avait profondément transformé l’économie rurale cacaoyère.
L’impact d’un marché mondial en excédent
L’écart entre les prévisions officielles et la réalité est significatif. Au début de la campagne, les autorités camerounaises anticipaient des prix oscillant entre 3 200 et 5 400 FCFA le kilogramme, une estimation basée sur la tenue exceptionnelle des cours mondiaux durant les deux exercices précédents. Cependant, la conjoncture internationale a évolué différemment. Après plusieurs saisons caractérisées par un déficit d’offre important, notamment en raison des conditions climatiques défavorables en Côte d’Ivoire et au Ghana, le marché mondial a basculé vers un excédent.
Les dernières analyses indiquent un retour à une surproduction structurelle mondiale, ce qui exerce naturellement une pression à la baisse sur les prix. Cette augmentation de l’offre s’est accompagnée d’un ralentissement de la demande industrielle dans plusieurs grands marchés de consommation. Les transformateurs ont réduit leurs achats face à l’augmentation des prix des produits finis en magasin. Cette combinaison a fait disparaître la prime de rareté qui soutenait les cours à New York et à Londres depuis 2023, impactant directement les prix bord champ versés dans les régions de production africaines.
Un message nuancé pour la filière camerounaise
Pour l’ONCC et l’ensemble des acteurs de la filière, le pic de prix enregistré en fin de campagne a un impact limité en termes de volume. La majeure partie de la production camerounaise, estimée à environ 300 000 tonnes annuelles, est commercialisée entre septembre et mai, bien avant la période de soudure. Les producteurs disposant encore de stocks à vendre en juillet sont minoritaires, ce qui atténue l’effet macroéconomique de ce récent rebond sur les revenus des paysans.
Néanmoins, le signal envoyé au marché n’est pas anodin, à quelques semaines de l’ouverture de la campagne 2026-2027. Un raffermissement durable des cours au-delà de 2 500 FCFA établirait un seuil psychologique important pour réajuster les attentes. Les autorités devront cependant trouver un équilibre entre une communication optimiste et une gestion budgétaire prudente, d’autant plus que le cacao reste l’une des principales sources de devises non pétrolières pour le Cameroun. L’évolution des transformateurs européens et l’ampleur de la récolte principale en Afrique de l’Ouest seront des facteurs déterminants pour la suite.
Le prix de 2 600 FCFA représente le nouveau record de la campagne cacaoyère 2025-2026, qui se termine officiellement le 15 juillet 2026.



