Analyses

La décentralisation au Tchad : Albert Pahimi Padacké livre son analyse à l’ENA

Le rôle des conseils provinciaux au cœur des débats à l’ENA

Dans le cadre prestigieux des « Grands rendez-vous de l’ENA », l’École Nationale d’Administration a été le théâtre d’un échange intellectuel de haut vol ce vendredi 29 mai. L’ancien Premier ministre et actuel sénateur, Albert Pahimi Padacké, a animé une conférence-débat centrée sur une thématique cruciale pour l’avenir du pays : « De la décentralisation dans la dynamique du développement : cas des conseils provinciaux ».

Devant un amphithéâtre comble, réunissant futurs administrateurs civils, étudiants et personnalités politiques, l’orateur a partagé sa vision d’expert. Administrateur de formation, Albert Pahimi Padacké a structuré son intervention avec une rigueur pédagogique, mettant en lumière l’importance de rapprocher la gestion publique des citoyens tchadiens.

Un ancrage historique et législatif solide

Le conférencier a rappelé que la volonté de décentraliser le Tchad ne date pas d’hier. Ce processus puise ses racines dans les résolutions de la Conférence Nationale Souveraine de 1993. Depuis, cette ambition a été gravée dans le marbre constitutionnel, de la loi fondamentale de 1996 jusqu’à la Constitution de la 5e République adoptée en décembre 2023.

Sur le plan normatif, Albert Pahimi Padacké a cité les avancées récentes, notamment les lois organiques n°14 et n°28 de 2024. Ces textes définissent les statuts des collectivités autonomes et précisent la répartition des compétences entre l’État central et les provinces. L’enjeu majeur reste l’application du principe de subsidiarité, garantissant que les décisions soient prises au plus près des réalités locales.

Des défis persistants pour une autonomie réelle

Malgré ce cadre juridique, le chemin vers une décentralisation effective est semé d’embûches. L’ancien chef du gouvernement a identifié plusieurs freins majeurs :

  • Le retard dans le transfert des ressources financières et humaines vers les provinces.
  • Le manque de capacités techniques au sein des administrations locales.
  • Les difficultés de coordination entre les représentants de l’État et les élus locaux.

Pour transformer les conseils provinciaux en véritables moteurs de croissance, l’orateur préconise une accélération du transfert de la quote-part des revenus pétroliers et fiscaux. Il appelle également à un renforcement drastique des compétences des élus et à une implication plus forte de la société civile dans le suivi des politiques publiques.

En conclusion, l’invité de l’ENA a exhorté la nouvelle génération de cadres à se saisir de ces enjeux. Pour lui, la réussite de ce chantier est la condition sine qua non d’un développement harmonieux et équilibré sur l’ensemble du territoire national.