La Coalition nationale républicaine (CNR) vient de marquer un tournant dans l’échiquier politique gabonais en engageant une offensive sans précédent contre le régime transitoire dirigé par Brice Clotaire Oligui Nguema. Dans une déclaration cinglante, cette alliance politique reproche au président de la transition des décisions fluctuantes et un écart flagrant par rapport aux promesses portées par le soulèvement populaire ayant mis fin au règne des Bongo.
La CNR dénonce une gouvernance marquée par l’instabilité décisionnelle : des mesures annoncées sont souvent suivies de revirements, créant un climat d’incertitude pour les investisseurs comme pour les partenaires internationaux. Selon la coalition, ces incohérences reflètent un manque de rigueur et de vision à long terme dans la gestion des enjeux économiques et institutionnels du pays.
Une opposition qui questionne la légitimité de la transition
Les responsables de la CNR qualifient la politique d’Oligui Nguema d’approximative, soulignant des lacunes dans la conception des réformes et une absence de consultation avec les acteurs clés du secteur public et privé. Cette critique dépasse le cadre partisan : elle interroge la capacité du régime actuel à concrétiser l’espoir de changement né de la crise politique de 2023.
La transition au Gabon, officiellement lancée après la chute d’Ali Bongo Ondimba, s’est accompagnée d’un calendrier institutionnel constamment remanié. Entre référendum constitutionnel, modification du Code électoral et scrutin présidentiel d’avril 2025, les ajustements successifs ont alimenté les suspicions. Si le pouvoir met en avant un retour à l’ordre constitutionnel, ses détracteurs y voient une stratégie de consolidation personnelle du pouvoir.
L’opposition cherche à s’imposer dans un paysage politique en recomposition
En critiquant ouvertement les dérives de l’exécutif, la CNR tente de s’imposer comme une force d’opposition structurée dans un contexte où les repères traditionnels s’effritent. Elle vise notamment les anciens alliés des Bongo et les acteurs de la société civile, qui peinent à définir leur position face à un gouvernement ayant accaparé l’essentiel de l’attention médiatique depuis deux ans.
Les reproches de la coalition portent sur deux plans : d’abord, une méthode jugée autoritaire, marquée par le manque de dialogue avec les forces vives du pays ; ensuite, un fond politique où les réformes économiques annoncées peinent à se matérialiser, remettant en cause la crédibilité des engagements pris en début de transition.
Un défi pour le pouvoir et un enjeu régional
La sortie de la CNR dépasse les frontières gabonaises. Libreville, sous surveillance des organisations régionales comme la CEEAC, voit son avenir politique scruté de près par les capitales africaines et les bailleurs de fonds internationaux. Toute remise en cause de la trajectoire choisie par Oligui Nguema influence les évaluations géopolitiques, notamment celles menées depuis Brazzaville, Addis-Abeba ou Paris.
Pour transformer ses critiques en force politique, la CNR devra démontrer une capacité à mobiliser au-delà de ses rangs. Les prochaines élections locales et législatives s’annoncent comme un test décisif : elles révéleront si les Gabonais adhèrent aux arguments de l’opposition dans leur quête de stabilité, de justice sociale et d’amélioration du quotidien.
Le pouvoir, de son côté, doit relever un double défi : répondre aux griefs formulés pour restaurer la confiance dans l’action publique, et empêcher que ces contestations ne s’unissent en une opposition unifiée et crédible. Les prochains mois seront déterminants pour l’avenir politique du Gabon et la pérennité de sa transition.



