ivoire : un nouveau regard sur la migration à travers le forum libéral d’Abidjan
Abidjan accueille un événement majeur pour repenser les relations Afrique-Europe : le Forum libéral de dialogue politique, qui s’est tenu les 15 et 16 juillet 2026. Autour du thème « Migration, sécurité et développement : repenser le partenariat Afrique-Europe », des voix influentes ont appelé à dépasser les discours traditionnels pour aborder ce sujet avec une vision plus humaine et constructive.
La migration, une question de liberté et non de crise
Au cœur des débats, Sidi Touré, vice-président de l’Internationale libérale et ministre ivoirien des Ressources animales et halieutiques, a marqué les esprits en rappelant une évidence trop souvent oubliée : « La migration n’est pas d’abord un problème. Elle est avant tout un sujet de liberté ». S’appuyant sur des données des Nations unies, il a précisé que les migrants ne représentent que 3,7 % de la population mondiale, ajoutant que « plus de 96 % des humains vivent dans leur pays de naissance. Non, le monde n’est pas submergé ».
Pour illustrer cette réalité, il a cité les flux migratoires internes en Afrique, qui représentent 70 % des déplacements sur le continent. À l’image des mouvements quotidiens observés à la gare routière d’Adjamé, à Abidjan, il a souligné : « Ce n’est pas une crise, c’est la vie ». Mettant en avant l’hospitalité ivoirienne, symbolisée par le mot Akwaba, il a transformé cette tradition en un argument politique fort : « L’hospitalité n’est pas une faiblesse, c’est une force et une politique ».
Libre circulation et souveraineté régionale au cœur des préoccupations
Sidi Touré a également exprimé ses inquiétudes face aux récents développements politiques dans la région, notamment le retrait du Mali, du Burkina Faso et du Niger de la CEDEAO. Pour lui, ces décisions ne doivent pas remettre en cause les liens profonds entre les peuples et les économies : « Quoi qu’il advienne des divergences politiques, les peuples sont frères, les économies sont sœurs, et la libre circulation est un patrimoine à préserver ». Il a insisté sur la nécessité de formuler des recommandations concrètes, notamment sous forme d’un policy paper pour guider les futures politiques migratoires.
Un partenariat Afrique-Europe équilibré et tourné vers l’avenir
Alexandra Heldt, directrice régionale Afrique de l’Ouest de la Fondation Friedrich Naumann, a apporté une perspective complémentaire en dénonçant les discours xénophobes, tant en Afrique qu’en Europe. Elle a rappelé les violences contre les migrants en Afrique du Sud depuis 2008, soulignant qu’« aucun État ne peut construire son avenir en désignant les migrants comme responsables de ses difficultés économiques ».
Elle a également pointé du doigt le paradoxe européen, où la demande en main-d’œuvre coexiste avec une montée des discours hostiles à l’immigration. Selon elle, « les migrations favorisent les échanges, l’innovation et l’entrepreneuriat. Elles créent des ponts entre les peuples bien plus qu’elles n’érigent des murs ». Son appel est clair : il faut privilégier un partenariat « équilibré, fondé sur la mobilité, la responsabilité partagée et les valeurs de liberté ».
Devant les décideurs présents, elle a lancé un appel à « parler moins de peur que de confiance, moins de rejet que de coopération ». Une vision qui rejoint celle de Sidi Touré, pour qui la migration doit devenir un levier de développement partagé entre l’Afrique et l’Europe.
Des travaux approfondis pour des solutions concrètes
Les deux jours de débats ont permis d’explorer les dimensions juridiques, géopolitiques et humaines de la migration. Plusieurs panels ont été organisés pour analyser ces enjeux sous différents angles, avec l’objectif de produire des recommandations exploitables. Ces travaux s’inscrivent dans une volonté de repenser les relations entre l’Afrique et l’Europe, en plaçant la personne humaine au centre des politiques migratoires.



