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Guinée-Bissau : le veto militaire contre Embaló déclenche un séisme politique aux multiples répliques

Bissau – En refusant catégoriquement le retour d’Umaro Sissoco Embaló, le Haut commandement militaire de Guinée-Bissau ne s’est pas contenté de fermer une porte : il a ouvert un nouveau chapitre de crise, lourd de conséquences pour l’avenir institutionnel du pays. La décision, tombée comme un couperet, suscite déjà une cascade de réactions au sein de la classe politique, de la société civile et chez les partenaires internationaux, tandis que les partisans de l’ancien président crient à l’exclusion arbitraire. Retour sur les implications immédiates et les perspectives d’une transition plus que jamais sous tension.

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Un retour annoncé, un refus immédiat : l’onde de choc

Depuis son exil, Umaro Sissoco Embaló a brisé le silence pour annoncer son intention de rentrer à Bissau et de se porter candidat à la présidentielle prévue en fin d’année. Une déclaration qui a immédiatement provoqué une réaction virulente des autorités militaires de transition. Par communiqué, celles-ci ont dénoncé une tentative de « déstabilisation » et signifié que l’ancien chef d’État ne foulerait pas le sol national. La capitale bissau-guinéenne, déjà éprouvée par des mois d’incertitude, retient son souffle face à l’escalade qui se dessine.

Les motivations d’un exilé déterminé à revenir

Pour Embaló, ce retour n’est pas une simple formalité électorale. Il s’appuie sur les textes de la transition, qui interdisent aux membres actuels de la junte de briguer un mandat, et estime donc avoir une voie ouverte. Son équipe a même mis sur pied une coalition dénommée « Plateforme républicaine », rassemblant une douzaine d’organisations et partis, afin de porter sa candidature. L’objectif est clair : transformer ce qui ressemble à une revanche institutionnelle en démonstration de force populaire, malgré la débâcle de novembre.

Novembre 2025 : quand le putsch a tout changé

Pour saisir l’âpreté du bras de fer actuel, il faut revenir au 26 novembre 2025. Ce jour-là, trois jours après un scrutin présidentiel disputé, des tirs d’armes lourdes ont retenti dans Bissau alors que le dépouillement touchait à sa fin et que les deux camps revendiquaient la victoire. Des éléments des Forces armées révolutionnaires du peuple ont encerclé le palais présidentiel et capturé Embaló. Les putschistes, réunis en « Haut commandement militaire pour la restauration de la sécurité nationale », ont suspendu le processus électoral, évoquant un plan de « manipulation des résultats ».

Très vite, cependant, des voix se sont élevées pour dénoncer un « arrangement » ou une « comédie politique ». Des observateurs internationaux, des diplomates et des opposants ont accusé Embaló d’avoir lui-même orchestré un auto-coup d’État pour empêcher la victoire annoncée de ses adversaires. Exfiltré vers Dakar dès le lendemain, l’ancien président a laissé derrière lui un pays en proie à l’incertitude juridique et institutionnelle.

Le veto militaire : une décision aux multiples répercussions

La junte justifie son refus en désignant Embaló comme le principal responsable de la crise ayant mené au coup de force. Dans un communiqué sans ambiguïté, elle a prévenu : « Aucun acteur ayant compromis la paix sociale et la stabilité de la nation ne sera autorisé à instrumentaliser le processus de transition à des fins d’agitation électorale ». Pour les hauts gradés, autoriser son retour reviendrait à réintroduire un facteur de déstabilisation majeur dans un paysage politique déjà exsangue. Le pouvoir militaire entend garder la mainmise sur le calendrier électoral et sur la sélection des candidats autorisés.

Réactions et perspectives : une démocratie à la croisée des chemins

Ce veto intervient dans un climat déjà délétère. Une grande partie de l’opposition traditionnelle se trouve marginalisée, en exil ou sous le coup de poursuites judiciaires. Les partisans d’Embaló dénoncent une dérive autoritaire et une exclusion arbitraire, tandis que la communauté internationale s’inquiète d’un possible enlisement. La question de l’inclusivité des futures élections devient centrale : sans un large spectre de candidats, la légitimité du scrutin risque d’être contestée.

Alors que la Guinée-Bissau tente de tracer une feuille de route vers l’ordre constitutionnel, ce veto jette une ombre épaisse sur l’avenir. Entre un ancien président déterminé à forcer le passage depuis l’étranger et une junte résolue à lui barrer la route, la trajectoire démocratique du pays s’inscrit plus que jamais en point d’interrogation. Les prochaines semaines s’annoncent décisives pour l’issue de cette crise.

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Ousmane Haïdara
Journaliste