À partir du 29 juin 2026, Libreville reçoit une mission d’experts internationaux mandatée par l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime (ONUDC). Leur objectif : évaluer les dispositifs mis en place par le Gabon pour prévenir la corruption et récupérer les avoirs illicites, dans le cadre du deuxième cycle d’examen de la Convention des Nations unies contre la corruption (CNUCC).
Cet événement risque de passer inaperçu, mais ce serait une grave erreur de l’ignorer. La lutte contre la corruption demeure un enjeu central, tant pour le Front démocratique socialiste que pour de nombreux citoyens engagés.
Cette évaluation représente donc une occasion pour les Gabonais de se pencher sur cette question cruciale, alors que l’actualité rappelle chaque jour l’urgence d’agir. De quoi s’agit-il exactement ?
Ce que le deuxième cycle de la CNUCC implique réellement
Ratifiée par le Gabon en 2007, la CNUCC impose des engagements concrets en matière de transparence, de contrôle des institutions, de protection des lanceurs d’alerte et de recouvrement des biens détournés. Le mécanisme d’examen par les pairs, mené avec le Tchad et la Libye, évalue la mise en œuvre de ces obligations, identifie les lacunes et formule des recommandations.
Après un premier cycle (2010-2015) axé sur l’incrimination et la coopération judiciaire, le deuxième cycle porte sur deux enjeux majeurs : la prévention de la corruption et la récupération des biens mal acquis.
Quelles actions concrètes ont été menées ?
Moins d’un an après le coup de la libération du 30 août 2023, la Commission nationale de lutte contre la corruption et l’enrichissement illicite (CNLCEI) semblait encore peu efficace, comme sous l’ancien régime. La transition n’avait pas suffi à transformer l’institution. Aujourd’hui, les Gabonais s’interrogent sur son utilité : quels avoirs ont été recouvrés ? Quelles personnes poursuivies ?
Le 11 juillet 2025, un atelier de vulgarisation du code éthique s’est tenu à Libreville, réunissant institutions et partenaires pour renforcer l’intégrité publique. Où en est ce code ? Est-il effectivement appliqué dans les administrations ?
Le 27 février 2026, deux nouveaux rapporteurs de la CNLCEI ont prêté serment devant la Cour de cassation de Libreville, conformément à la loi. C’est un signe de renouvellement, mais leurs actions restent invisibles et les résultats se font attendre.
Enfin, le 13 mai 2026, la CNLCEI, avec l’appui de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), a organisé des assises sur la bonne gouvernance, le partage de bonnes pratiques et le renforcement institutionnel. Cette initiative montre une volonté de doter la commission d’outils de formation et de standards internationaux.
Cependant, la bonne gouvernance ne se mesure pas au nombre d’ateliers, mais à la réduction effective de la corruption, à la sanction des abus et à la confiance des citoyens. C’est sur ce terrain que les nouvelles autorités gabonaises sont attendues.
Un bilan en demi-teinte
Il serait injuste de nier les progrès : depuis la transition, la CNLCEI a vu ses pouvoirs élargis, des dispositions constitutionnelles consacrent la transparence, et les déclarations de patrimoine ont été étendues. À Vienne, lors de la 17e session du Groupe d’examen de la CNUCC, la délégation gabonaise a présenté des avancées en matière de convergence interadministrative et d’appropriation des instruments onusiens.
Mais force est de constater que ces mesures restent dispersées. Le Gabon ne dispose toujours pas d’un plan national de lutte contre la corruption structuré : pas de stratégie intégrée, pas de feuille de route chiffrée, pas de mécanisme de suivi indépendant. Les instruments existent en silos, sans cohérence ni pilotage central. Une politique publique se juge à sa mise en œuvre coordonnée et à ses résultats tangibles.
La mission d’évaluation envoie un signal positif, surtout dans un contexte régional où plusieurs États refusent tout regard extérieur. Mais une posture d’ouverture ne remplace pas une stratégie solide.
Ce qu’il faut reconnaître avec lucidité
Coopérer avec les évaluateurs est un minimum. Ce que l’on attend désormais, c’est une coopération franche, qui expose les pratiques nuisibles pour bénéficier de recommandations pertinentes.
Les indicateurs internationaux restent préoccupants. La culture administrative gabonaise, marquée par des décennies de conflits d’intérêts, de marchés de gré à gré (93,25 % des marchés publics passés sans appel d’offres, selon un ancien ministre) et de confusion entre biens publics et privés, demeure ancrée. Le Gabon se maintient dans le bas des classements de perception de la corruption, malgré un gain de deux points dans l’indice de Transparency International depuis 2024. Les institutions de contrôle souffrent de moyens insuffisants et d’une indépendance théorique. La justice tarde sur des dossiers emblématiques, et les actifs transférés à l’étranger ne sont pas récupérés de manière transparente.
L’évaluation qui commence la semaine prochaine nous dira si le Gabon est encore à la traîne en matière de lutte contre la corruption.
Pour notre part, nous lançons cette semaine une mini-campagne de sensibilisation sur la corruption auprès de nos concitoyens.



