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Gabon : baisse historique de l’impôt minier et conséquences sur l’économie

Dans le cadre de la loi de finances rectificative adoptée le 17 juillet, une réduction spectaculaire de l’impôt sur les sociétés dans le secteur minier gabonais a été actée. Ce changement, bien que discret dans les documents budgétaires, représente une perte colossale de 51,8 milliards de francs CFA pour l’État, soit près de 80 millions d’euros. Le taux d’imposition est passé de 53,2 milliards à seulement 1,47 milliard, une baisse sans précédent qui ne touche aucune autre catégorie de contribuables.

une décision budgétaire qui remet en cause la stratégie minière du pays

Le Gabon mise depuis plusieurs années sur les industries extractives, notamment le manganèse, pour diversifier son économie après le déclin du secteur pétrolier. Le pays se classe au deuxième rang mondial pour la production de ce minerai, extrait principalement dans la région du Haut-Ogooué. Les deux principaux opérateurs, Comilog (filiale du groupe français Eramet) et Nouvelle Gabon Mining, jouent un rôle clé dans cette industrie. Depuis le coup d’État de 2023 et l’arrivée au pouvoir du Comité pour la transition et la restauration des institutions (CTRI), les autorités ont insisté sur la nécessité d’augmenter les recettes fiscales issues des concessions minières. Pourtant, la loi de finances rectificative inverse cette tendance.

Plusieurs éléments expliquent cette chute brutale. Le cours du manganèse a connu une forte correction sur les marchés internationaux à partir de la seconde moitié de 2024, après un pic dû à un incendie dans une mine australienne. Cette baisse des prix a directement impacté les bénéfices des entreprises minières au Gabon, réduisant leur base imposable. Cependant, l’écart important entre les prévisions initiales et les résultats réels interroge sur la fiabilité des estimations budgétaires établies en début d’année.

la transparence fiscale au cœur des débats

Ce revirement budgétaire intervient alors que le Gabon réintègre officiellement le processus de l’Initiative pour la transparence des industries extractives (ITIE), après plusieurs années d’absence. Les 51,8 milliards de francs CFA abandonnés équivalent, par exemple, à plusieurs mois de salaires de la fonction publique dans certains ministères techniques. Cette perte survient en parallèle des négociations en cours avec le Fonds monétaire international pour obtenir un nouveau soutien financier, dans un contexte de tensions sur la liquidité et d’emprunts accrus auprès de la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC).

Les observateurs locaux pointent une incohérence entre les déclarations publiques exigeantes envers les multinationales du secteur extractif et la réalité des chiffres. Dès l’automne 2023, les autorités de transition avaient promis une révision complète des conventions minières et pétrolières pour renégocier des régimes fiscaux jugés trop avantageux pour les investisseurs. Pourtant, deux ans plus tard, le rendement réel de l’impôt sur les sociétés dans le secteur minier ne représente que 3 % des objectifs initiaux. Aucune explication officielle n’a été fournie sur les hypothèses économiques ou contractuelles ayant conduit à cette révision.

un message ambigu pour les investisseurs et partenaires

Cette décision intervient à un moment stratégique pour le Gabon, qui doit bientôt publier son cadre budgétaire pluriannuel. Le gouvernement devra arbitrer entre la poursuite des grands projets d’infrastructures et le contrôle du déficit public. Une baisse aussi importante des recettes fiscales l’oblige à revoir ses priorités, soit en réduisant les dépenses, soit en augmentant l’endettement intérieur. Les institutions financières internationales examineront avec attention la façon dont l’exécutif justifiera cet écart devant le Parlement de transition.

Pour les entreprises minières, cette mesure envoie un signal contrasté. D’une part, la réduction de la charge fiscale leur offre un répit bienvenu dans un contexte de prix défavorables. D’autre part, elle alimente les discussions nationales sur la redistribution équitable des richesses liées aux ressources naturelles. La prochaine loi de finances, prévue pour l’automne 2025, devra préciser si cet ajustement est une mesure temporaire ou une nouvelle donne structurelle pour le rendement fiscal des mines gabonaises.