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Faure Gnassingbé donne 48h à son ministre pour régler l’incident à l’aéroport de Lomé

À Lomé, la troisième édition du forum panafricain Biashara Afrika 2026 a démarré sous les meilleurs auspices… puis s’est rapidement transformée en un cas d’école révélant les limites de l’intégration continentale. Entre discours ambitieux sur la Zone de libre-échange africaine (ZLECAf) et réalité administrative kafkaïenne, le Togo a offert un spectacle aussi instructif que désolant.

Un passeport africain bloqué à l’aéroport : l’absurdité des frontières

Tout semblait bien parti lors de l’ouverture du forum. Pourtant, c’est une anecdote révélatrice qui a capté l’attention des participants. Deux hommes d’affaires nigérian et ghanéen, fraîchement arrivés de l’étranger avec des passeports valides dans l’espace CEDEAO, se sont vu refuser l’entrée sur le territoire togolais. Leur erreur ? Avoir osé brandir un passeport africain. Contraints de sortir un passeport européen en dépannage, ils ont dû solliciter un visa d’urgence de 24 heures pour fouler le sol de Lomé.

Une situation qui en dit long sur les contradictions africaines. Comme l’a souligné la ministre nigériane de l’Industrie, du Commerce et de l’Investissement, « un Européen ne serait jamais contraint de présenter un passeport africain pour voyager au sein de l’Union européenne ». Cette réalité a de quoi refroidir les investisseurs les plus optimistes : si l’intégration panafricaine reste un vœu pieux, les capitaux iront ailleurs.

Lomé, hub logistique en question : quand la bureaucratie tue l’attractivité

Pour un pays se présentant comme une plateforme logistique et financière majeure en Afrique de l’Ouest, ce genre d’incident est une catastrophe en directe. Les visas imposés aux voisins africains envoient un signal désastreux aux investisseurs. À Lomé, un Africain est mieux accueilli avec un passeport européen qu’avec un document de la CEDEAO. La ZLECAf, censée créer un marché unique de 1,4 milliard de consommateurs, se heurte ainsi à des pratiques administratives aussi ineptes que coûteuses.

48 heures pour sauver la crédibilité du Togo

Face à ce camouflet, le président Faure Gnassingbé n’a pas tergiversé. Conscient que l’image du pays était en jeu devant des centaines d’investisseurs et de décideurs, il a imposé un ultimatum sans appel à son ministre de la Sécurité : résoudre cette anomalie sous 48 heures. Une décision qui tranche avec les habituels comités de réflexion ou rapports bureaucratiques interminables.

Le compte à rebours est lancé. Jusqu’à mercredi, date de clôture du forum, les services de l’immigration devront se plier aux règles de la libre circulation intra-africaine. Une rééducation express qui pourrait bien sauver la réputation du Togo. Car Biashara Afrika 2026 avait pour ambition de lever les barrières non tarifaires qui étouffent le continent. Mission accomplie pour l’aéroport de Lomé… ou presque.

ZLECAf : des promesses à concrétiser d’urgence

Les réactions des acteurs présents au forum sont unanimes : « Sans libre circulation des personnes, la ZLECAf n’est qu’une coquille vide », a commenté un économiste ivoirien. Un entrepreneur ghanéen a renchéri : « Si nous devons brandir un passeport européen pour investir en Afrique, alors l’intégration n’est qu’un slogan ».

L’incident de Lomé révèle les failles structurelles de l’intégration africaine. Avec un PIB cumulé de 3 400 milliards de dollars promis par la ZLECAf, les enjeux sont colossaux. Mais tant que les États continueront à appliquer des règles kafkaïennes aux frontières, les discours resteront vides de sens. L’Afrique a appris à Lomé qu’un simple tampon mal apposé peut coûter des millions en investissements perdus.