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Durcissement législatif au Sénégal : la répression contre les homosexuels s’intensifie

Alors que plusieurs capitales mondiales célèbrent des décennies de lutte pour la visibilité et l’égalité, une atmosphère bien plus lourde pèse sur Dakar. Au Sénégal, une nouvelle législation vient d’officialiser une persécution accrue envers les personnes homosexuelles, plaçant le pays parmi les nations les plus répressives du continent africain.

Un arsenal juridique renforcé par le pouvoir

Le texte, promulgué par le président Bassirou Diomaye Faye, marque un tournant radical. Désormais, la peine maximale encourue pour des « actes contre nature » passe de 5 à 10 ans d’emprisonnement. Parallèlement, le montant des amendes a subi une hausse fulgurante, multiplié par dix pour atteindre 10 millions de francs CFA, soit environ 15 000 euros.

Ce projet, porté par le Premier ministre Ousmane Sonko sous le sceau de la « souveraineté » nationale, a reçu un accueil sans équivoque à l’hémicycle. Le 11 mars 2026, l’Assemblée nationale du Sénégal a adopté la loi à l’unanimité, avec 135 voix favorables et aucune opposition, scellant le destin de nombreuses personnes.

Un climat de terreur et des rafles ciblées

Sur le terrain, les répercussions ont été immédiates. Ces dernières semaines, les autorités ont procédé à l’interpellation de plus d’une centaine d’individus soupçonnés d’homosexualité. Face à la menace de lynchages par des foules prêtes à rendre justice elles-mêmes, certains suspects voient paradoxalement dans la détention un refuge contre la violence de rue.

« On vit dans la peur constante d’être dénoncé ou attrapé. Se cacher en permanence n’est pas une vie », témoigne un jeune homme qui décrit une haine sociale attisée par des discours officiels. Selon lui, une partie de la population est convaincue que la violence contre la communauté LGBTQIA+ est un acte de foi. « Ce que vous ressentez pour quelqu’un est pourtant une question personnelle, qui ne concerne que vous et votre spiritualité », déplore-t-il.

Cette psychose ne se limite plus aux seuls citoyens sénégalais. L’arrestation récente d’un ingénieur français, cueilli chez lui lors d’une véritable rafle, a provoqué une onde de choc au sein de la communauté expatriée, illustrant que personne n’est désormais à l’abri de ces méthodes policières brutales.

L’homosexualité comme levier politique et religieux

Cette hostilité est activement encouragée par des organisations influentes. Le collectif religieux And Sàmm Jikko Yi, acteur majeur de la pression législative, n’hésite pas à qualifier les homosexuels de « danger public ». Son président, l’imam Babacar Sylla, multiplie les accusations sans preuves, affirmant que cette communauté propage volontairement des maladies.

Pour de nombreux observateurs, cette rhétorique sert également les intérêts du gouvernement. En présentant l’homosexualité comme une « importation de l’Occident » incompatible avec les valeurs locales, le pouvoir parvient à détourner l’attention d’une situation économique marquée par la récession.

Une régression alarmante pour les droits humains et la santé

Les organisations de défense des libertés, à l’image de la Fédération internationale pour les droits humains (FIDH), tirent la sonnette d’alarme. Par la voix de son secrétaire général Drissa Traoré, l’organisation dénonce une loi qui, loin de protéger la société, expose les plus vulnérables à des arrestations arbitraires et à des traitements humiliants. Le texte menace aussi directement la liberté d’expression en criminalisant tout soutien aux droits LGBTQIA+.

Au-delà des libertés individuelles, c’est la santé publique qui vacille. Les programmes de lutte contre le VIH enregistrent une baisse inquiétante des dépistages. La peur d’être identifié ou poursuivi dissuade les populations à risque d’utiliser des moyens de protection ou de se faire soigner, mettant en péril des années de progrès sanitaire au Sénégal.

Avec cette nouvelle étape dans la répression, le Sénégal rejoint des pays comme l’Ouganda ou le Nigeria sur la liste des États africains les plus sévères. Alors que 31 pays sur 54 criminalisent déjà l’homosexualité sur le continent, la trajectoire sénégalaise confirme un recul majeur des droits humains dans la région.