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Drame à Kokoloko : une frappe de drone au Niger fauche 17 vies civiles

Le 6 janvier 2026, une tragédie a frappé le village de Kokoloko, dans l’ouest du Niger. Une attaque menée par un drone militaire a causé la mort d’au moins 17 civils, dont quatre enfants, sur un marché particulièrement fréquenté. Selon les informations rapportées par Human Rights Watch, l’opération a également fait 13 blessés et entraîné la mort de trois membres d’un groupe armé.

Un carnage sur un marché bondé à la frontière du Burkina Faso

L’incident s’est produit dans la région de Tillabéri, un secteur situé à environ 120 kilomètres de Niamey et à proximité immédiate de la frontière avec le Burkina Faso. Le village de Kokoloko est connu pour être une zone d’activité de l’État islamique au Sahel (EIS), un groupe qui mène régulièrement des offensives contre les forces armées et les populations civiles depuis 2019.

« Cette opération militaire, bien qu’ayant éliminé trois combattants, a frappé aveuglément des civils en violation flagrante des lois de la guerre », a souligné Ilaria Allegrozzi, chercheuse spécialisée sur le Sahel. Elle appelle les autorités du Niger à mener une enquête impartiale et à dédommager les familles touchées par ce drame.

Témoignages et preuves visuelles de l’attaque

Pour documenter cet événement, des entretiens ont été menés avec une quinzaine de personnes, incluant des témoins directs et des acteurs humanitaires. Des analyses de vidéos et d’images satellites ont également permis de confirmer l’ampleur des dégâts. Malgré ces preuves, la junte militaire au pouvoir depuis le coup d’État de juillet 2023 n’a pas souhaité commenter l’événement.

Des rescapés décrivent une scène d’horreur. Vers 13 h 30, alors que le marché battait son plein, un drone blanc a largué un projectile après avoir survolé la zone à deux reprises. « J’ai entendu un sifflement puis une déflagration massive », raconte un commerçant. Le secteur était alors rempli de femmes vendant de la nourriture et d’enfants les accompagnant.

Bilan humain et conséquences humanitaires

Les rapports indiquent que les corps de nombreuses victimes ont été carbonisés, rendant leur identification complexe. Les habitants ont dû procéder à des inhumations dans des fosses communes au cimetière local. Parmi les 17 victimes civiles figurent 11 femmes et 4 enfants en bas âge. Les blessés, quant à eux, souffrent de brûlures graves et de traumatismes liés aux éclats de munitions.

Suite à cette frappe, un mouvement de panique a vidé le village. Près de 1 200 résidents de Kokoloko ont abandonné leurs foyers pour se réfugier dans des localités voisines ou traverser la frontière vers le Mali, emportant le strict minimum.

Des technologies de surveillance et de frappe sophistiquées

L’armée du Niger a considérablement renforcé son arsenal aérien depuis 2022 avec l’acquisition de drones turcs, tels que le Bayraktar TB-2, le Karayel-SU ou l’Aksungur. Ces appareils, équipés de systèmes de surveillance en direct, permettent normalement de distinguer les cibles militaires des civils. Pourtant, l’utilisation d’armes explosives dans un lieu public bondé soulève des questions sur le respect du droit international humanitaire.

La région de Tillabéri reste l’épicentre de la violence au Sahel central. En 2025, elle a enregistré le plus haut taux de victimes civiles, prises entre les feux de l’armée nigérienne, de l’EIS et du GSIM lié à Al-Qaïda. Ce n’est pas la première fois que des frappes aériennes font des victimes collatérales : des incidents similaires avaient déjà été signalés à Injar en septembre 2025 et à Tiawa début 2024.