Politique

Dissolution de l’Assemblée au Sénégal : jusqu’où Diomaye Faye est-il prêt à aller face à Sonko ?

Dissolution de l’Assemblée au Sénégal : jusqu’où Diomaye Faye est-il prêt à aller face à Sonko ?

La question taraude la scène politique sénégalaise : Bassirou Diomaye Faye ira-t-il jusqu’à dissoudre l’Assemblée nationale, désormais présidée par son ancien allié Ousmane Sonko ? Le chef de l’État entretient volontairement le flou, laissant planer l’ombre d’une dissolution sans jamais la confirmer ni l’exclure.

Une réponse qui maintient le suspense

Interrogé en marge de l’Assemblée générale des Nations unies à New York, le président sénégalais a soigneusement évité de trancher. « Pourquoi exclure une prérogative dont on est investi par la Constitution ? », a-t-il lancé, refusant de fermer la porte à une option que lui confère la loi fondamentale.

Il n’a annoncé ni dissolution ni calendrier électoral. « Tout est question de nécessité ou de contexte. Le moment venu, selon ce qu’on aura en face, on décidera », a-t-il précisé. Une manière de garder la pression sur une Assemblée dominée par le Pastef, alors que son gouvernement doit défendre ses choix budgétaires devant les députés.

La rupture avec Ousmane Sonko assumée

Pour la première fois, Bassirou Diomaye Faye a nommé sans détour la brouille qui l’oppose à son ancien Premier ministre. Évoquant des « divergences persistantes sur certains sujets », il a expliqué : « Quand cette rupture de confiance a persisté, je me suis choisi un autre Premier ministre. »

Il a toutefois tenu à écarter l’hypothèse selon laquelle les discussions avec le Fonds monétaire international auraient, à elles seules, provoqué leur séparation, renvoyant à des désaccords plus profonds.

Un rapport de force qui se déplace au Parlement

Le désaccord se joue désormais sur le terrain législatif. Après avoir quitté le gouvernement, Ousmane Sonko a pris la présidence de l’Assemblée nationale, ce qui lui confère un rôle central dans l’examen des textes portés par l’exécutif.

Interrogé sur un possible rejet de la loi de finances rectificative par les députés du Pastef, le président a défendu la responsabilité propre de chaque institution : « Chacun assume ses responsabilités et le peuple arbitre. »

Trahison ou serment ?

Aux accusations de trahison formulées par certains membres de son ancien parti, Bassirou Diomaye Faye a opposé son engagement à la tête de l’État. « La seule chose que je suis susceptible de trahir, c’est mon serment », a-t-il déclaré.

La suite de l’affrontement politique dépendra notamment de la façon dont l’Assemblée accueillera les mesures financières du gouvernement.

Macky Sall à l’ONU : un soutien qui interroge

Bassirou Diomaye Faye a également réaffirmé son soutien à la candidature de son prédécesseur Macky Sall au poste de secrétaire général des Nations unies. Malgré les doutes exprimés sur ses chances, le président sénégalais estime que « les jeux restent ouverts » et affirme discuter avec les membres appelés à peser sur le choix.

Pour justifier cette position, il met en avant l’expérience internationale de Macky Sall et la représentation de l’Afrique à l’ONU. « Qui est de mieux aujourd’hui pour défendre une meilleure place de l’Afrique que le président Macky Sall ? », a-t-il demandé.

Le chef de l’État a aussi invoqué la question de la dette, au cœur des difficultés financières actuelles du Sénégal. Selon lui, Macky Sall a « subi les affres de la dette », une expérience qui le rendrait apte à défendre une réforme de l’architecture financière internationale. Faye n’a pas abordé, dans cette réponse, les responsabilités attribuées à l’ancien pouvoir dans la dette non déclarée.

Ousmane Haïdara
Politique et sécurité