Cotonou tient aujourd’hui les rênes d’une initiative historique. Derrière les portes closes du 12ᵉ Sommet des think tanks africains (#ATTS2026), une question cruciale se joue : comment l’énergie peut-elle devenir le moteur invisible de la croissance économique du continent ? Entre réformes structurelles et défis opérationnels, les coulisses de ce forum révèlent les véritables leviers de cette transformation.
Les dessous d’un sommet où tout se décide
Depuis le 28 octobre 2026, la capitale économique du Bénin devient le théâtre d’un débat stratégique sans précédent. Organisé conjointement par la Fondation pour le renforcement des capacités en Afrique (ACBF), le gouvernement béninois et la Commission de l’Union africaine, ce rassemblement d’experts et de décideurs africains ne se contente pas d’évoquer l’accès à l’électricité. Son objectif ? Dépasser les discours pour acter des mesures concrètes qui feront de l’énergie un accélérateur tangible du développement économique.
Le thème central, « De l’accès à l’énergie à la transformation économique : voies politiques pratiques pour la viabilité, la croissance et la réforme du secteur de l’électricité en Afrique », résume cette ambition : transformer les kilowatts en emplois, les mégawatts en compétitivité, et les projets en résultats mesurables pour les populations.
L’énergie, un levier économique encore sous-exploité
Loin d’être une simple question d’infrastructures, l’avenir énergétique africain se heurte à deux défis majeurs. D’abord, la disponibilité d’une électricité stable, fiable et abordable. Ensuite, la nécessité d’aligner cette ressource sur les besoins réels des entreprises, des agriculteurs et des services publics.
Un système électrique défaillant freine les entrepreneurs, augmente leurs coûts et décourage les investissements. À l’inverse, une énergie bien adaptée peut :
- Soutenir l’industrialisation et créer des chaînes de valeur locales
- Améliorer la productivité agricole grâce à l’irrigation et aux machines
- Permettre aux PME de se développer et d’embaucher
- Renforcer la résilience des services publics (santé, éducation)
Les participants à Cotonou sont unanimes : l’énergie ne doit plus être un frein, mais un tremplin.
Bénin : un modèle à suivre pour l’industrialisation africaine ?
Les autorités béninoises, en première ligne de cet événement, ont placé la barre haute. Aristide Médenou, ministre de l’Économie et des Finances chargé de la Coopération, a insisté sur un point : « Les politiques énergétiques doivent être jugées à l’aune de leur impact réel sur la croissance et le bien-être des citoyens. »*
Cette approche pragmatique redéfinit les critères de succès :
- Le nombre de raccordements électriques ? Un indicateur parmi d’autres.
- La capacité des entreprises à fonctionner 24h/24 sans coupures ? Une priorité.
- La baisse des coûts de production grâce à une énergie abordable ? Un objectif clé.
Le maire de Cotonou, Luc Gnacadja, a ajouté une dimension territoriale à cette réflexion : « Dans nos quartiers et nos villes, l’électricité est le sang qui irrigue l’économie locale. Son manque ou sa mauvaise qualité tue les initiatives et appauvrit les populations. »
Institutions et financement : les piliers cachés de la transition
Derrière les discours se cachent des enjeux invisibles mais déterminants. Mamadou Biteye, secrétaire exécutif de l’ACBF, a souligné un paradoxe : « L’Afrique dispose de ressources énergétiques colossales, mais leur exploitation bute souvent sur des faiblesses institutionnelles. »
Sans une gouvernance solide, des régulations claires et des capacités humaines renforcées, même les meilleurs projets énergétiques peuvent s’enliser. Les défis sont multiples :
- Coordination entre acteurs : États, opérateurs privés, collectivités et partenaires techniques doivent agir de concert.
- Financement innovant : Comment concilier rentabilité des investissements et accessibilité pour les ménages et les entreprises ?
- Compétences locales : Former des experts capables de piloter ces réformes complexes.
Le sommet de Cotonou doit justement proposer des solutions pour ces « angles morts » de la transition énergétique.
De la théorie à la pratique : quel avenir pour l’énergie africaine ?
Les trois jours de débats ne sont que le début d’un processus. Les pistes dégagées à Cotonou devront se traduire en réformes législatives, plans d’investissement et stratégies locales dans les mois à venir. Plusieurs pistes émergent déjà :
- Des modèles tarifaires incitatifs pour les industries énergivores
- Des partenariats public-privé pour accélérer les projets d’infrastructures
- Des programmes de formation ciblés pour les opérateurs énergétiques
- Une intégration renforcée des énergies renouvelables dans les mixes nationaux
Le défi ultime ? Faire en sorte que l’énergie ne soit plus un sujet de débat, mais un facteur de prospérité concrète pour des millions d’Africains.
Cotonou, épicentre d’une révolution silencieuse
Ce sommet est bien plus qu’une réunion de plus. C’est le moment où l’Afrique ose repenser son modèle énergétique pour en faire un pilier de son développement. Entre rêves d’industrialisation et réalités des coupures, entre promesses de réformes et lenteurs administratives, une chose est sûre : le futur du continent se joue aussi dans les coulisses de Cotonou.



