La Commission d’enquête de l’ONU en RDC dévoile son plan d’action pour rétablir la vérité dans l’Est du pays
Une mission d’une importance capitale vient d’être officiellement lancée par la Commission d’enquête indépendante des Nations Unies sur la situation des droits de l’homme dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu. Présentée lors de la 62ᵉ session du Conseil des droits de l’homme à Genève, cette initiative vise à éclaircir les graves violations constatées dans l’Est de la République démocratique du Congo, tout en protégeant les victimes et en prévenant de nouvelles exactions.
Une enquête indépendante et méthodique face à une crise multidimensionnelle
Lors de sa première prise de parole publique, Arnauld Akodjenou, président de la Commission, a confirmé la gravité exceptionnelle de la situation qui sévit dans la région. Kinshasa, capitale de la RDC, a servi de cadre à cette première phase de consultations, marquée par des échanges avec les autorités gouvernementales, la société civile, les représentants de l’ONU et les victimes de violences.
Parmi les principaux défis identifiés :
- Des témoignages accablants impliquant des enfants, des violences sexuelles systématiques (dont l’esclavage sexuel), le recrutement forcé, les meurtres arbitraires et les arrestations illégales
- Des entraves majeures à l’action humanitaire, avec des barrages routiers illégaux et des « taxes » imposées aux populations civiles
- Une menace sanitaire persistante : la résurgence d’Ebola aggrave la vulnérabilité des communautés déjà fragilisées
- Des violations ciblant les acteurs de la protection : journalistes, défenseurs des droits humains et travailleurs humanitaires sont particulièrement menacés
« Nous avons reçu des récits profondément troublants, où la dignité humaine a été bafouée de manière systématique », a déclaré Arnauld Akodjenou. « Notre priorité absolue est de rétablir les faits avec rigueur, tout en garantissant la sécurité des victimes et des témoins ».
Un mandat clair : vérité, justice et prévention
Créée le 7 février 2025 par le Conseil des droits de l’homme de l’ONU, la Commission a pour mission principale :
- D’établir les faits sur les violations présumées des droits de l’homme et du droit international humanitaire
- De préserver les preuves pour faciliter d’éventuelles poursuites judiciaires
- De formuler des recommandations afin d’éviter de nouvelles violations et de renforcer la protection des civils
- De documenter spécifiquement les violences à l’encontre des femmes, des enfants et des personnes déplacées
Arnauld Akodjenou a tenu à rassurer : « Notre enquête n’est dirigée contre aucun État, aucune communauté ou institution particulière. Elle est centrée sur les victimes et animée par un impératif de neutralité absolue ».
Prochaines étapes : vers une intervention directe dans les zones de conflit
Si la première mission s’est tenue à Kinshasa en raison de contraintes logistiques, la Commission prévoit de se déployer prochainement dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu. L’objectif ? Accéder directement aux zones les plus touchées pour recueillir des témoignages sur place et évaluer l’ampleur des dommages infligés aux populations civiles.
Contexte : une crise aux racines profondes
L’escalade des hostilités dans l’Est de la RDC, débutée en janvier 2025, a plongé la région dans une crise humanitaire sans précédent. Les combats ont généré :
- Plus de 2 000 violations des droits humains documentées en six mois
- Plus de 260 cas de violences sexuelles liées au conflit
- Des centaines de milliers de déplacés internes fuyant les zones de combat
Dans ce contexte, la Commission d’enquête de l’ONU se positionne comme un acteur clé pour briser le cycle de l’impunité et jeter les bases d’une paix durable.
Cette enquête représente bien plus qu’une simple collecte d’informations : c’est un engagement concret en faveur de la dignité humaine et de la justice pour les populations congolaises.



