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Commande publique et banques au Togo : comment résoudre la crise des créances impayées ?

Les entrepreneurs togolais engagés dans la commande publique font face à une situation critique : l’accès au crédit bancaire se raréfie, voire devient inaccessible. Derrière cette réalité se cache un cercle vicieux alimenté par les retards de paiement des administrations publiques.

Les petites et moyennes entreprises (PME) du secteur du bâtiment et des travaux publics (BTP), ainsi que les prestataires de services, dépendent majoritairement des prêts bancaires pour honorer leurs engagements contractuels. Pourtant, lorsque l’État togolais tarde à régler ses factures, ces mêmes entreprises se retrouvent dans l’incapacité de rembourser leurs emprunts à temps. Résultat : les banques, soucieuses de respecter les normes prudentielles de la BCEAO, augmentent leurs provisions pour couvrir ces créances douteuses. Cette mesure, bien que nécessaire, réduit leur capacité à financer de nouveaux projets, aggravant ainsi la crise.

Un mécanisme pervers qui étrangle le secteur privé

Les professionnels du BTP togolais décrivent une situation intenable. Entre l’obligation de respecter les délais imposés par les marchés publics et la pression des établissements bancaires, ils doivent souvent puiser dans leurs fonds propres pour combler les retards de trésorerie. « Nous sommes pris en étau », confie un entrepreneur de Lomé. « L’État exige des résultats immédiats, mais les banques bloquent nos lignes de crédit dès qu’un décompte accuse du retard. Sans garanties supplémentaires, impossible de poursuivre nos activités. »

Les banques, de leur côté, durcissent leurs conditions d’octroi de prêts. Les garanties demandées deviennent disproportionnées pour les PME, qui se retrouvent exclues au profit des grands groupes mieux armés financièrement. Cette exclusion progressive menace non seulement la compétitivité des acteurs locaux, mais aussi la réalisation des projets d’infrastructure nationaux.

Vers une refonte du système de financement public

Face à cette impasse, des experts en finance publique et en économie proposent des solutions structurelles pour briser le cycle des créances impayées. Parmi les pistes avancées :

  • Un fonds de garantie dédié : cet outil permettrait de sécuriser les engagements des PME auprès des banques, réduisant ainsi le taux de provisionnement exigé par la BCEAO.
  • Des comptes séquestres : en isolant les fonds alloués aux marchés publics, ces comptes garantiraient que les paiements de l’État soient directement affectés au remboursement des prêts bancaires, évitant ainsi les retards.
  • La titrisation des créances : transformer les arriérés de paiement en titres négociables offrirait aux banques la possibilité de libérer des liquidités et d’assainir leur bilan.

Selon un économiste togolais, ces réformes pourraient redonner aux banques commerciales leur rôle de levier économique : « En partageant les risques avec l’État, les institutions financières pourraient à nouveau financer le développement national sans compromettre leur stabilité. »

Un enjeu de souveraineté économique

La crise actuelle dépasse le simple cadre du financement bancaire. Elle interroge la capacité du Togo à assurer la viabilité de ses projets publics et à soutenir durablement son secteur privé. Sans mesures correctives, le pays risque de voir son tissu économique s’affaiblir, au détriment de la croissance et de l’emploi.

Les acteurs concernés appellent donc à une mobilisation urgente des pouvoirs publics pour mettre en place des mécanismes de solidarité financière. L’objectif ? Rompre avec la logique des créances impayées et permettre aux entreprises locales de jouer pleinement leur rôle dans l’édification du Togo.