Politique

Cinq ans après le coup d’état au Mali, quel bilan pour assimi goïta ?

Cinq ans après le putsch, l’ombre d’Assimi Goïta plane toujours sur le Mali

Cinq ans jour pour jour après le renversement du pouvoir malien par le colonel Assimi Goïta, le bilan s’avère contrasté. Entre répression accrue, insécurité persistante et soutien populaire, la situation du pays reste sous haute tension.

Portrait d'Assimi Goïta

Une liberté d’expression en net recul

Depuis le coup d’État de mai 2021, la liberté d’expression au Mali a subi un sérieux revers. Les critiques envers le pouvoir se font plus rares, non par adhésion, mais par crainte des représailles. Les voix dissidentes sont désormais contraintes au silence : emprisonnements, exils, et auto-censure généralisée. Pourtant, dans l’intimité des cercles restreints, les débats subsistent, mais toujours sous couvert d’anonymat.

L’impact des réseaux sociaux et de la propagande

Avec une population majoritairement jeune – âge médian de 15 ans – et peu scolarisée, les réseaux sociaux occupent une place centrale dans l’information. Cependant, leur contenu est largement influencé par la propagande russe, qui appuie le régime en place. Malgré les fausses informations diffusées, une partie de la jeunesse malienne reste attachée à Assimi Goïta, perçu comme un rempart contre l’islamisme radical.

Sécurité : un échec cuisant pour les militaires

En 2020, les putschistes promettaient de mettre fin à la menace djihadiste. Cinq ans plus tard, le constat est accablant : le JNIM et l’État islamique contrôlent toujours de vastes zones du territoire. Les attaques coordonnées d’avril 2024, impliquant à la fois des groupes djihadistes et des rebelles touaregs, ont marqué un tournant. Ces assauts, les plus graves depuis 2012, ont frappé l’État malien de plein fouet, révélant son incapacité à garantir la sécurité.

Les mercenaires russes, initialement perçus comme une solution, ont rapidement déçu. Leur retrait sans combat de Kidal et d’autres localités du nord a été vécu comme une humiliation nationale. Leur présence, estimée entre 1 500 et 2 000 hommes, n’a pas suffi à inverser la tendance, et leur brutalité a souvent exacerbé les tensions.

L’Alliance des États du Sahel : une solidarité en trompe-l’œil

Le Mali, le Niger et le Burkina Faso, membres de l’Alliance des États du Sahel (AES), ont multiplié les déclarations de soutien. Pourtant, sur le terrain, l’aide militaire s’est révélée quasi inexistante. Les deux voisins, eux-mêmes en proie à des insurrections djihadistes, n’ont pu apporter qu’un appui symbolique. Leur propre survie les place dans l’incapacité de se porter assistance mutuelle.

Les projets communs évoqués par l’AES restent largement théoriques. Ces trois nations, parmi les plus pauvres au monde, manquent cruellement de ressources pour concrétiser leurs ambitions. Leur coopération se limite donc à des déclarations politiques, sans impact réel sur la stabilité régionale.

Le peuple malien pris en étau

Face à cette impasse, la population malienne se trouve dans une situation désespérée. Les blocages économiques, les pénuries de carburant et l’insécurité chronique ont plongé les citoyens dans une résignation inquiétante. Les anciens partis politiques, discrédités par des années de corruption, n’offrent aucune alternative crédible. Quant aux djihadistes, leur projet de société – la charia – est rejeté par une majorité de Maliens, y compris dans la capitale, Bamako.

Malgré les critiques envers le gouvernement militaire, un soutien persiste. Les Maliens préfèrent encore Assimi Goïta aux islamistes armés ou aux élites corrompues d’antan, souvent perçues comme des marionnettes de l’Occident. Tant que la menace djihadiste plane, le régime actuel semble avoir une longueur d’avance.

Vers une solution négociée ?

Face à l’échec des solutions purement militaires, certains observateurs envisagent un dialogue avec les factions modérées des djihadistes. Ces groupes, bien que radicaux, ne cherchent pas à conquérir l’ensemble du pays. Leur objectif serait plutôt de contrôler des zones spécifiques et d’imposer une application partielle de la charia, comme en Mauritanie, où des compromis ont permis de stabiliser la situation.

Une telle approche nécessiterait une stratégie en deux temps : d’abord des pressions militaires ciblées, puis des négociations avec les éléments les moins extrémistes. Une solution complexe, mais peut-être la seule voie pour éviter une guerre civile prolongée.

Conclusion : un avenir incertain

Cinq ans après le putsch, le Mali reste à la croisée des chemins. Le gouvernement d’Assimi Goïta, bien que critiqué, bénéficie d’un soutien populaire par défaut. Les défis sont immenses : insécurité endémique, crise économique, pression démographique et changement climatique. Sans une solution politique inclusive et une amélioration tangible de la sécurité, le pays risque de s’enfoncer dans un cycle de violence sans fin.